Ville de Mexico : 18 février – 18 avril 2019


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1/ Le réseau en fil en chiffres

2/ L’affiche du projet « Red de hilos en la Magdalena Atlazolpa »

3/ L’article sur le projet « Le Réseau en fil de la Magdalena Atlazolpa à Mexico »

4/Diaporama photo

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Le réseau en fil en chiffres :
19 jours d’expérimentation entre le 13 et le 31 mars 2019
1 partenaire principal, le centre communautaire/église Casa Claudio, qui nous fournit 90 euros de budget, hébergement et alimentation. Pour compléter le budget 9 commerçants du quartier donnent de 20 centimes à 4 euros 50 pour un total de 25 euros et nous obtenons 30 euros à la sortie de la messe de Casa Claudio.
6 volontaires étudiants de l’UNAM (faculté d’architecture)suite à 3 conférences à l’UNAM
4 sculptures-bobines enroulant 3 km de Mecate, fil local, teint par nos soins en 12 couleurs avec 4 volontaires de 8-12 ans.
200+ dessins et messages accrochés aux fils
2 sculpteurs du quartier donnent des visages aux poteaux tronqués de la rue. 1 photographe mène avec nous un atelier Sténopé dans le marché et expose les photos lors du festival « Red de hilos » du dernier jour
1 scène de festival où grâce au soutien de la Ville de Mexico et de la délégation Iztapalapa se succèdent groupes locaux de musique, marionnettes, danse, un historien spécialiste du village. 54 stands lors de la kermesse dans la rue fermée aux voitures

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L’affiche du projet « Red de hilos en la Magdalena Atlazolpa »

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L’article sur le projet « Le Réseau en fil de la Magdalena Atlazolpa à Mexico »

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Introduction  : pueblo (village)/colonia (quartier administratif)/divisions

Magdalena Atlazolpa est un pueblo, les premières maisons, l’église, le kiosque furent fondés au XVIème siècle, à un moment où la ville de Mexico en était à ses balbutiements et où la majorité des terres était agricole. Selon le diagnostic sur le tissu social réalisé par l’équipe du programme de reconstruction du tissu social porté par le centre communautaire Casa Claudio, catholique « C’était une localité peu peuplée ce qui permettait une meilleure cohésion sociale, une vie de quartier conviviale et des relations de confiance » (nous traduisons).Lorsqu’un premier recensement est effectué en 1813, la Magdalena a 158 habitants. Ce recensement est fait lors de l’union de différents pueblos en Iztacalco.
Au fil des années 1960 la population augmente très rapidement et l’agriculture recule au profit des habitations. De nombreuses familles arrivent dans le village, qui s’intègre dans un tissu urbain où pour désservir le centre les routes remplacent les canaux, les bus puis le métro dans les années 1990 succèdent aux canoës. Magdalena Atlazolpa devient une colonia, administrée par un pouvoir administratif centralisé à Iztapalapa et à un second niveau à la Ville de Mexico.
En 1983 un événement bouleverse l’équilibre du pueblo et entérine une division jusqu’à présent sous-jacente entre « natifs » et « nouveaux arrivés » via une opposition religieuse entre les catholiques qui deviennent « mexicains » et ceux qui restent « romains ». L’Église est violemment prise par les « mexicains » en réalité des familles et mayordomias (groupement à base familiale étendue en charge d’un des saints patrons du village donc de la fête qui lui est associée) anciennes qui s’arrogent le droit de changer le prêtre et le dogme de l’Église qu’ils ont construite. Depuis, sur cette base le village est divisé, jusqu’aux familles elles-mêmes où parfois deux frères ne se parlent plus.

L’école catholique en face devient alors une seconde église, où se célèbrent des messes, qui a ses événements dans sa cour, son propre parcours processionnel pour la semaine sainte etc. Il s’agit de Casa Claudio, aujourd’hui plus une école mais un centre communautaire qui propose de nombreuses activités à l’ensemble du village et nous invite à réaliser la Red de hilos dans le pueblo dans le cadre de son programme de « Reconstruction du tissu social ». Ce programme a déjà donné lieu à un diagnostic sur les divisions à l’oeuvre : « La communauté identifie les acteurs qui la divisent le plus : les partis politiques, la religion, l’aide sociale, la police…Sont distingués les habitants du village et les autres qui vivent dans les immeubles » (n.t.). Le diagnostic porte aussi sur les obstacles que notre méthodologie participative visant l’union du pueblo risque de rencontrer : « Dans la colonia ils s’identifient comme des voisins apathiques, égoïstes, individualistes, solidaires seulement en certaines circonstances, respectueux, travailleurs et ninis – qui n’étudie ni ne travaille » (n.t.). L’enjeu du projet réseau en fil est donc de produire ces certaines circonstances et d’être perçu comme un «événement civique », suivant le diagnostic : « Selon les enquêtés, les acteurs qui unissent la communauté sont les événements civiques, les événements religieux, la paroisse, les religieuses du collège et les situations d’insécurité » (n.t.)

Comment le réseau en fil peut parvenir à unir la communauté en dépit des appartenances religieuses divergentes et conflictuelles ?

Préparation :
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Concept et objectif de l’intervention :

Il s’agit de relier le centre, le coeur du village – l’axe marché-église-, et espérer l’extension des liens-fils dans la périphérie, permettre une réconciliation symbolique au sein de la communauté et entre les deux églises, par la réalisation d’une œuvre commune, le réseau en fil.

Nous avons fabriqué 4 sculptures à partir de matériaux récupérés chez Casa Claudio, métaux et plastiques festifs (balles, fleurs…) pour attirer l’attention et appeler au jeu.
– Une sculpture est encastrée en équilibre dans la tour DDF construite avec le marché dans les années 1970, sur une petite place très occupée la nuit par des commerces.
– Une sculpture dans le marché, à côté de l’arbre, centrale. Le marché est le symbole choisi de la réunion, quelque soit sa religion chacun va faire son marché, c’est un lieu essentiel de sociabilité. De plus, il ferme la nuit et est entouré de murs qui donnent une sorte de « protection » pour quiconque se risque à participer au réseau en fil.
– Deux sculptures face à face, l’une dans l’atrium de l’église et l’autre sur le toit de Casa Claudio. L’objectif est d’ouvrir un dialogue grâce aux sculptures et aux fils entre deux institutions et deux communautés en opposition. En pratique, ce serait deux (ou plus) fils partant des deux sculptures qui pourraient se rejoindre et s’unir dans la rue. Déjà, nous avons pu rencontrer la « mère » de l’église pour lui demander l’autorisation de placer une sculpture dans l’atrio. Suite à un travail de conviction expliquant que c’est un projet non religieux, pour tous, et que nous voulons physiquement inclure l’église si importante pour la communauté, elle accepta avec le sourire. Sans poser de question. C’est une première réussite.
De plus, nous avons suspendu les bobines entre les arbres (ainsi mis en valeur) de part et d’autre de la rue pour marquer une continuité sur l’avenue et permettre la création d’un réseau en fil unifié.

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Le fil choisi est le « mécaté » naturel et traditionnel, couramment utilisé. Suivant le conseil de Saray Morales nous le teignons en de multiples couleurs. Ce 1er travail de préparation nous a permis de rencontrer Saray, Fanny et Danaé, trois enfants de 9 ans que Saray Morales a appelé pour nous aider. ce seront nos volontaires principales.

En effet, l’équipe de volontaires adultes de la communauté que Casa Claudio devait nous fournir n’a pas pu se constituer. Ce problème est lié au timing du projet, qui arrive dans une phase de recrutement de l’équipe du projet de reconstruction du tissu social. La responsable Angélica, déjà présente, occupée par ce recrutement et engagée pour son village (elle est présidente du comité vécinal) coordonne une première réunion où 4 volontaires sont présents, il n’y aura plus que Saray Morales aux réunions suivantes. Cependant les trois autres personnes vont participer à leur façon : Don Alfonso vient à deux reprises, pour coller les affiches puis pour inviter les gens à participer. La Sra Luz accroche 2×2 photos de l’église avant/après, un couple en évidence dans le passage dans le marché et l’autre sur un fil précisément entre les deux églises.

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De plus elle nous accorde un entretien au sujet de son livre « Histoire orale du Pueblo Magdalena Atlazolpa », qu’elle viendra présenter lors du festival de clôture, festival à l’organisation duquel elle contribue spontanément avec 200 pesos. Une autre écrivaine du livre est la Sra Teran, présente à la 1ère réunion mais dont le mari malade freine la participation, elle nous accorde également un entretien et, pour le festival, cuisine (et nous offre) des tamales traditionnels inclus dans la démonstration gastronomique.

Le thème du « volontariat » se retrouve pour le financement du projet. Le budget de 3 000 pesos pour fil, teinture et quelques autres matériaux, ne peut être fourni entièrement par Casa Claudio, nous avons donc recours à un financement communautaire volontaire en deux temps.

– Avec Catalina Alvarado, du comité vécinal. Nous l’accompagnons voir les commerçants qu’elle choisit de mettre à contribution. Nous notons que ce n’est pas la première fois qu’elle demande et est quasiment sûre d’obtenir l’argent, après une présentation très rapide du projet – nous ne parlons pas ou peu, elle demande 100 pesos mais précise que cela peut être moins. En effet 9 commerçants donnent, de 5 à 100 pesos. Nous obtiendrons 570 pesos.

– Avec Saray Morales et la Sor Teresa et Don Alfonso, à la fin de la messe de Casa Claudio. Cette fois, introduits par Sor Teresa nous montons sur l’estrade de l’église pour présenter rapidement le projet, Saray complète, puis nous nous plaçons à la sortie avec un chapeau, et récoltons des marques d’encouragement et de bienvenue en plus de 650 pesos.

Montage : Pour le montage, nous avons eu le soutien d’une équipe de 6 volontaires de l’UNAM, étudiants en architecture, et de Don Juan qui travaille à casa Claudio. Il n’y a pas eu de problème particulier, les sculptures puis les bobines ont été installées aux places prévues.

Expérimentation

La première participation spontanée vient d’el Rata, qui a décidé d’être surnommé comme tel en se tatouant un rat sur le cœur. Dès la fin du montage, tous les témoins croient qu’il est en train de voler une bobine et courent prévenir Saray et Catalina du comité vécinal, identifiées comme « propriétaires » des fils. Nous arrivons de l’autre côté et filmons immédiatement. La liberté, le sourire et l’agilité du drogué du village, nous ne la retrouverons plus. L’acrobate amarre un premier fil, entre dans le marché et en amarre un autre passant de poste en poste sans toucher le sol.
15 jours plus tard, Saray nous annonce que le Rata est mort, au bout de notre rue. Avec un autre drogué, ils se sont entre-tués au couteau pour une bouteille d’alcool et 20 pesos. Nous lui rendrons hommage en ouverture du festival, avec une photo de lui prêtée par sa mère.

Puis, les enfants qui ont participé à la teinture des fils ont joué le jeu à trois pour dérouler une bobine et accrocher les fils. En parallèle, deux mères et six enfants prennent une extrémité qu’ils entraînent jusqu’à leur maison, disent-ils en riant, pour le moins à une trentaine de mètres.

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Ensemble, nous veillons à ce que le fil soit à une hauteur suffisante pour ne pas gêner le passage ni l’accès à un stationnement. Le lendemain, nous retrouverons tous ces fils coupés, deux parties dans les poubelles de deux commerçants. L’un était gêné par un fil qui passait devant sa vitrine, l’autre par les fils amarrés à la place des siens pour monter sa bâche.

De manière générale, nous avons observé très peu de participation, d’abord des financeurs eux-mêmes. Cela nous semble paradoxal, nous attendions une poursuite de leur investissement dans le projet par une participation active pour dérouler et amarrer des fils. Ils ne parviennent pas non plus à expliquer l’installation aux autres, donc à se l’approprier. Selon nous leur investissement financier serait une forme de don contraint par l’autorité de Catalina du comité vecinal et des sœurs de Casa Claudio. Le don fait suite à une explication très succinte du projet donc ne permet pas de conclure à un quelconque intérêt pour le projet.
De même plus tard, les dons pour le festival de clôture tiennent en majorité à la personnalité et au réseau de dons-contre dons de Saray, on observe cependant des dons dons – de la part d’inconnus de Saray, comme la boulangerie.

Ensuite, les passants non plus ne participent pas spontanément. Nous les invitons donc à participer, les apostrophant sur leur chemin. Comme au Costa Rica, nombreux ne répondent même pas ou se contentent d’un « si gracias » sans s’arrêter ; nombreux s’arrêtent et écoutent nos deux phrases « vous voulez partager quelque chose avec la communauté ? Vous pouvez tirer un fil et l’accrocher où vous voulez ». Nous interprétons ces arrêts par de la politesse car à peine arrêtées ces personnes manifestent une envie de repartir (regards et orientation des pieds vers leur destination), ce qu’elles feront en répondant « si gracias » à l’invitation.
Ce constat du peu d’intérêt donc de participation donne lieu a beaucoup d’hypothèses explicatives :

A plusieurs reprises, nos interlocuteurs de la communauté nous mentionnent l’inconfort, la méfiance, le sentiment d’insécurité qui empêche de s’arrêter sur son trajet – qui plus est pour des étrangers. Les rares faits et fréquentes rumeurs de vols d’enfants nourrissent une méfiance à notre égard, même après plusieurs semaines de présence quotidienne dans la rue.
Saray Morales nous a mentionné la « honte » que certaines personnes pourraient avoir à se livrer à ce type d’activité sur la voie publique. Cette honte serait plus forte pour des membres de la communauté de l’église mexicaine ou d’une autre église qui associent et attribuent la Red de hilos à Casa Claudio de manière exclusive. L’adage « Ne touche pas ce qui ne t’appartient pas » serait très présent selon Isaac un des deux sculpteurs du quartier qui sont intervenus.

Cela rejoint l’explication par le manque de sensibilisation selon laquelle les personnes ne comprennent pas le réseau en fil. Elles nous demandent tout le temps son « para qué ? », « quelle utilité ? ». En effet la communauté n’est pas du tout habituée à ce type d’intervention artistique dans l’espace public, qui plus est demandant leur participation. Les nombreuses affiches, nos portes à portes d’invitation et d’explication n’ont visiblement pas suffi à transmettre notre démarche et à insister qu’elle est inclusive et non religieuse. Elles se sont heurtées à l’ « apathie » des habitants, terme qui ressort souvent, par exemple la Sra Teran nous raconte qu’au moment du travail d’enquête pour le livre écrit en groupe sur l’histoire du village, les habitants sont peu coopératifs, gardant leur porte fermée. L’apathie est aussi décrite par Catalina du comité vécinal au sujet d’action collective qu’elle cherche à mettre en œuvre pour l’intérêt commun auprès de la direction territoriale, au sujet des lampadaires et des trottoirs par exemple. Elle nous apprend que oui, les gens sont d’accord et signent, c’est tout : c’est la seule marque de soutien, elle ne débouche pas sur une action collective, un partage des démarches en vue du bien commun.

Deux autres hypothèses tiennent à l’environnement et au type de fil choisi. Selon la sœur Marilu, il y a saturation de l’environnement de la rue, avec tous les fils des stands les bobines n’attirent pas assez l’attention. Quant au fil lui-même, le mécaté choisi est associé à la suspension de choses, typiquement de linge mouillé. Il n’est pas associé à la création de trajets, au tissage. Cette hypothèse semble vérifiée selon deux aspects.
En pratique, des enfants ont donné son utilité au fil : il sert à suspendre et partager un dessin et/ou un message écrit. Ils nous demandent d’apporter feuilles et couleurs en ce sens. Dans le marché surtout, ce fut un succès important.

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Au fil des jours plus de 120 dessins et message ont été suspendus aux fils dans le marché, 200 en tout. Le moyen d’expression privilégié, adultes et enfants confondus, est donc plus papier et couleur que fil. Comme l’analyse Saray, cela coûte beaucoup au sein de la communauté de faire le premier pas pour créer une relation, mais les relations qui existent déjà sont très intenses et nourries. De même il était difficile que les gens participent quand il n’y avait aucun fil ni papier suspendu, mais une fois que c’était le cas chaque fil a été complètement rempli par les messages ou dessins. La grande majorité en notre présence, mais à plusieurs reprises les deux enfants de 9 ans présentes depuis la préparation nous ont demandé de les laisser seules responsables de l’atelier. Elles nous faisaient ensuite un compte-rendu d’une participation très élevée de nombreux enfants et parents venus dessiner et partager. Aussi en notre absence la nuit certains laissaient messages, poèmes, dessins…
La nuit aussi d’autres se livraient au vandalisme en arrachant dessins et surtout nos affiches, phénomène attribué par la communauté aux jeunes drogués qui errent dans les rues la nuit. Le fait que les affiches surtout soient arrachées montre que ces vandales ont un message de rejet du projet à faire passer. De plus les commerçants de la rue, gênés en plusieurs endroits par les fils les coupent et les laissent par terre, dans le passage, de sorte qu’ils gênent plus de gens. C’est donc une façon de montrer aussi son rejet de l’initiative, tel ce vendeur de chaussettes qui la voit comme une « façon de tuer le temps » puisqu’elle ne rapporte pas d’argent. Rejet ou méfiance, lors du marché du mardi quand Simon prenait de nombreuses photos du réseau en fil cohabitant avec les bâches des commerçants, le responsable de la sécurité est venu contrôler son identité avant que Saray intervienne pour le rassurer. Les marchands le suspectaient de quelque chose et plutôt que de venir lui parler ont transmis leur gêne au gardien.
Du côté de la tour du marché non plus les commerçants de la nuit pourtant personnellement avertis et invités n’ont participé.

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Entre les deux églises, le dialogue n’a pas eu lieu via les fils. Un premier fil partant du toit de Casa Claudio vers l’église a été accroché. Au dessus de la rue, il a été rapidement coupé. Puis, en raison aussi des bobines bloquées partant du toit de Casa Claudio, une seule connexion a pu être créée dans la rue. De la part de Casa Claudio, a été accroché un ensemble de messages prônant la convivialité, l’amour, le respect dans la communauté. En face, de la part de l’église, aucun fil ni message partagé. Au contraire, les quelques fils que nous avions nous-mêmes accrochés pour lancer le mouvement ont été coupés, et quelques ballons utilisés pour la sculpture ont été subtilisés.

Sur un plan plus subjectif, trois anecdotes nous semblent intéressantes en lien avec l’inconscient. Plusieurs personnes ont interprété le projet, les fils amarrés, comme de la sorcellerie.
Une femme nous relate avoir vu la sculpture du marché en rêve la veille et était troublée de la voir de verdad ce jour-là.
Une dame fixe la bobine de fil, demande des explications au marchand de légumes, écoute et part sans récupérer ses légumes. Il lui court après, elle dit « je regardais ça ».

Résultats
Le réseau en fil comme outil d’urbanisme

Par l’intermédiaire d’un urbaniste rencontré à Valparaiso lors du réseau en fil, nous avons invité le duo d’urbanistes Barriopolis à venir à la Magdalena Atlazolpa. Ils honorent l’invitation par un atelier de cartographie communautaire. Ils apportent trois cartes, marqueurs, gommettes et post-it. Nous y indiquons les lieux clés – métro, église, marché, casa Claudio – puis invitons les passants à les compléter par leurs expériences personnelles du village.

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Les personnes, notamment âgées, se prennent au jeu et les résultats sont forts. Ils montrent l’attachement des habitants à leur village, à son histoire et patrimoine, par exemple agriculturel, avec les canaux et la luzerne. Ils mettent aussi en évidence les problèmes et manques des habitants, en particulier d’un espace vert où les enfants pourraient jouer. Ce besoin est aussi exprimé par les dessins et messages sur les fils. Une discussion avec Saray et Catalina du comité vécinal complète le diagnostic de l’espace public du fond du marché délaissé aux drogués. La répartition même des fils dans le marché laisse entrevoir en creux toute une zone sans fil qui n’est pas exploitée par les participants. Barriopolis part concevoir une proposition pour le récupérer. Trois semaines plus tard, Catalina a obtenu que le directeur territorial se déplace jusqu’au marché pour rencontrer Barriopolis et discuter de leur proposition. En résumé, le marché serait transformé en jardin ouvert sur la ville (sans les murs actuels et les « casitas » plus ouvertes) avec des espaces verts et ateliers dans l’espace du fond où artistes et professionnels de la communauté enseigneraient. Une voisine se joignant à la réunion souligne qu’une proposition similaire avait déjà été faite en 2010, chiffrée à un peu moins d’un million de pesos, elle n’a jamais été réalisée. Le directeur territorial, visiblement séduit par la démarche de Barriopolis, qui a une expérience probante à Tepilco (quartier sensible de Mexico), nous convie tous à une réunion prévue à la fin du mois pour donner suite à cette proposition, impliquant aussi la direction de développement local. Catalina nous confie que cela fait 9 mois qu’elle tente de faire venir le directeur territorial, et que cette proposition de Barriopolis est une aubaine qui y parvient, et ainsi peut lui permettre d’évoquer d’autres thèmes.

Résultat majeur : le festival « Red de hilos »

Dans de nombreuses discussions, la fiesta revient comme forme ultime de sociabilité, et c’est l’énergie, le « rêve » nous dit elle en entretien, de Saray Morales qui nous a mené vers la réalisation d’une grande fiesta de clôture de l’expérimentation. Alors comme nous l’a dit Sor Teresa, si les fils visibles ont peu été unis par la communauté, nous avons remué des fils invisibles pour rassembler tous les groupes du village dans un grand festival de clôture où tous participent. Nous résolvons ici un problème important du village qui accompagne les divisions religieuses :
« Avant tout le monde se réunissait pour organiser, les majordomias proposaient quelque chose mais tous décidaient quoi faire…c’était de grandes fêtes mais on y pouvait tous se rencontrer…aujourd’hui il s’agit seulement d’avoir un groupe de musique et de faire la fête » (Entretien femmes âgées, Magdalena Atlazolpa, Ville de México, 2015 – notre traduction) ». Le diagnostic de l’équipe de reconstruction du tissu social poursuit : « les transformations des fêtes n’ont pas non plus permis cette convivialité qui régule les relations et permet à tous de s’identifier comme membres de ce village, qui partagent un espace et aussi des liens de sang » (notre traduction).
L’objectif du festival a donc été de permettre à tous de s’identifier comme membres du village qui partagent un espace, la rue, où nous tenons à réaliser l’événement, tandis qu’ils sont généralement dans Casa Claudio ou dans l’atrio de l’Église. Nous avons voulu traduire des liens sociaux/familiaux ouverts (plutôt que des liens de sang fermés). Pour cela nous avons cherché à mettre en avant l’histoire et le patrimoine commun, qu’il soit architectural, artistique ou gastronomique. Nous avons aussi organisé une kermesse pour le commerce de rue, tradition des fiestas.

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Ainsi les trois églises ont pu participer chacune à leur façon. D’abord, une fois de plus Casa Claudio nous a soutenu pour la logistique, payant par exemple pour l’installation du chapiteau auparavant stocké dans son patio. De plus notre proposition de sortir le bazar du patio vers la rue a été suivie, et 5 kiosques sont sortis dont un pour la présentation de l’histoire du village livre à l’appui par la Sra Luz. L’église du village ne s’est pas impliquée en tant que telle mais des majordomias, si. Une femme d’une des majordomias que nous sommes allés inviter accepte en demandant que l’on invite « tout le monde » et pas seulement les majordomias : notre objectif résonne avec son besoin. Cette femme et quelques autres présenteront avec orgueil les plats traditionnels préhispaniques du village avec une démonstration gastronomique. Enfin l’église « Luz del mundo » a clôturé l’événement avec son choeur. Le concert était à la limite du prosélytisme, la speaker répétant l’adresse de l’église entre chaque morceau, c’était surtout une manière d’intégrer son existence dans le village pour une communauté relativement marginalisée, car hors du coeur du village (axe marché-église de l’intervention) et beaucoup plus récente, environ une dizaine d’années.
Pour mettre en évidence la richesse du village nous avons voulu que s’expriment les artistes locaux : deux groupes musicaux sont montés sur scène et un peintre a donné un taller de peinture. Trois jours avant, deux jeunes sculpteurs dont l’atelier est dans le village ont répondu à notre invitation et réalisé une sculpture sur un poteau tronqué au milieu du trottoir et l’ont relié avec des fils aux fils barbelés du mur du marché. Lors de cette création de nombreuses personnes s’arrêtaient, dont deux en particulier. Un photographe ayant grandi dans le village a engagé la conversation sur l’art dans la communauté, dans l’espace public. Il a déjà organisé un atelier de photographie où il n’a eu qu’un seul étudiant (encore un exemple de l’apathie de la communauté), avec lequel ils ont pris des photos du village. Nous l’invitons à exposer ses photos lors du festival, ce qu’il fait entre deux fils. Une couturière est enchantée par le projet et souhaite tisser un attrape-rêves avec le mécaté, nous lui offrons une bobine. Elle revient le dimanche avec un attrape-rêve et un texte expliquant pourquoi elle l’a fait et accroché dans la rue. Un historien du pueblo, spécialiste de son histoire, l’a présentée sur scène, faisant œuvre de vulgarisation face à un public enthousiaste.

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D’autres acteurs, extérieurs à la communauté, interviennent pour révéler l’identité dynamique du pueblo, l’un avec un taller sur son patrimoine architectural et culturel, l’autre avec un atelier d’origamis-souhaits où les participants sont invités à fabriquer un origami sur lequel écrire un souhait pour le village.

L’appellation « village » et surtout « village originaire » s’est avérée stratégique pour obtenir le soutien des autorités, que nous avons « mis en concurrence » pour chercher à ce que toutes nous soutiennent. Les trois échelons politique et administratifs de décision, à savoir la direction territoriale d’Aculco, les municipalités d’Iztapalapa et de la ville de Mexico, se sont impliquées pour donner de l’ampleur au festival. La direction des relations communautaires de la ville de Mexico nous fournit deux spectacles populaires, conteurs et marionnettes. Iztapalapa aussi, une pièce de théâtre et un ballet folklorique. Mais au début, pas de logistique. C’est lors de l’ « audience citoyenne », en passant une journée à attendre pour parler deux minutes avec la maire que nous avons obtenu d’elle le système son, et de la direction territoriale la scène, le chapiteau et les chaises. La protection civile vient nous cordonner la rue pour la fermer aux voitures.
La journée du festival s’est très bien passée selon ses acteurs, les retours que nous avons eu ont tous été positifs. Nombreux ont demandé qui organisait le festival, ce que signifiait « red de hilos » ce qui montre comment l’écho du festival dépasse celui de l’intervention. Nombreux ont demandé si un prochain festival était prévu. Saray a fait un tour des commerçants les jours suivants, tous ont apprécié la journée et la majorité veut s’impliquer pour organiser un nouveau festival.
A Casa Claudio, nous avons transmis notre expérience à la nouvelle équipe du projet de reconstruction du tissu social qui s’est montrée très intéressée, et nous espérons que l’expérience du réseau en fil leur ouvre la porte pour poursuivre ce travail d’unification de la communauté en dépit des barrières religieuses.

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Conclusion

En somme, le festival « Red de hilos » a attiré l’attention des décideurs politiques sur le pueblo ce qui permet en retour une meilleure prise en compte des problèmes quotidiens de la colonie. Les fils, dessins et messages accrochés pendant trois semaines ont participé à comprendre ces problèmes quotidiens. L’agence d’urbanisme Barriopolis les utilise pour proposer une refonte du marché en jardin, répondant aux besoins des habitants.
Un des besoins est du fil lui-même, nous avons observé plusieurs ré-usages de mécaté coupé pour amarrer un chariot ou accrocher une bâche. Cependant participer au réseau en fil en amarrant des fils a eu peu de succès, de même pour les démonter seuls quelques jeunes désoeuvrés nous ont aidé. Mais une fois les fils enroulés et mis à disposition dans la sculpture avec un écriteau « Mécaté pour tous. Vous pouvez l’emporter chez vous », il a été emporté.

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Préparation

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13 mars, Mexico, 1er jour

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