Scénarios imaginaires
Comment atterrir dans l’imaginaire ? Comment imaginer ? Dans un rêve, nous associons des éléments perçus mais pas toujours vus de nos phases d’éveil. Dans cette méthode, nous allons associer des événements réels des différents réseaux en fil. Nous cherchons à voir ce qui nous a échappé, à souligner ce qui nous a marqué, à trouver ce qui nous a manqué…A réaliser ce que nous avons rêvé.
Tout a commencé en Utopie, quand Madlen rêvait pour son diplôme d’architecte d’un passage parisien passant par des appartements, avant de réaliser qu’avec un simple fil, ce passage est possible. Flexible, léger, le fil s’immisce de balcon à balcon, de fenêtre en fenêtre. Peut-être alors que ces 18 scénarios imaginaires vont nous conduire à de nouvelles réalisations…
La forme qui s’est imposée est celle du photomontage, que nous imprimerons et broderons avec du fil, colorerons au pastel…la légende complète.
Scénario imaginaire 1 : Rio ne fait plus qu’un

C’est la même ville : Rio de Janeiro
Deux mondes, tour et favela, sont à la même hauteur.
Une rangée sauvage les sépare.
Un fil les unit.
Un fil et trois acteurs :
A droite, entre citerne d’eau et antenne parabolique : Jhony le pêcheur de fil lance la ligne du haut de sa favela.
A gauche, entre échelle et tour, l’électricien péruvien hisse un fil.
En bas au centre, Chiquitita la magicienne chilienne unit les deux fils.
Au 22ème siècle, le fil est une liane touffue, passage végétal pour l’habitante du 51ème étage de la tour et l’habitante de la maison à porte rouge de la favela.
Scénario imaginaire 2 : De barrières en fil
Barrières et fil cohabitent. Elles obstruent le passage et referment leur trésor. Il passe, y glisse et s’y attache
A Mexico le grillage enserre l’église et son patio.
A la ville de Guatemala des voisins souhaitent un grillage plus haut délimitant le parc et leur contre-allée.
A Lima les voisins sont divisés face au festival qui a lieu dans la rue.
A San José le propriétaire du restaurant-galerie se met en colère et exige l’enlèvement des fils tressés sur sa grille par un groupe d’adultes en situation de handicap.
A San José l’artiste Roberto Lizano joue avec le passage en créant un rideau de fil au milieu de la rue
Mises bout à bout les barrières se transforment en une porte de fil allègrement traversée par la danseuse. Thea Bautista franchit un rideau de fil qu’elle a elle-même installé
Dans moins d’une vie, les barrières de fer seront toutes fondues en un sol que nous pourrons fouler. A la façon de celui de l’anti-monument Fragmentos à Bogota où l’artiste Doris Salcedo a scellé l’accord de paix avec les Forces Armées Révolutionnaires Colombiennes (FARC) en fondant leurs armes en des dalles ensuite martelées par les femmes victimes de violences sexuelles pendant la guerilla. Un réseau en fil dédié au dialogue de paix y aura lieu.
A la place des barrières de fer pousseront des tissus de fil, le dedans et dehors seront poreux l’un à l’autre.
Scénario imaginaire 3 : Hommage

Bogota : la première nuit notre sculpture « l’oiseau qui sort de sa cage » est vandalisée-volée. Au matin nous trouvons cette désolation où le métal manque et les plastiques et le fil sont abandonnés au sol.
Guatemala : L’homme s’appelle Carlos Alfredo de Leon Cifuentes, il est poète et déclama de nombreuses fois dans le parc Santa Catarina. Il se plaçait à chaque fois au centre du parc, devant un piédestal où jadis trônait le buste du « poète national » guatémaltèque José Batrès Montufar, disparu, volé. A la place, notre sculpture, que nous nommons « Yo pienso en ti » du nom du poème de J.B. Montufar connu de toutes les classes sociales au Guatemala et déclamé plusieurs fois, dont par M. de Leon Cifuentes. Il débute ainsi :
« Yo pienso en ti
Tu vives en mi mente »
« Je pense à toi
Tu vis dans mon esprit »
Quelque part, les deux sculptures disparues dialoguent.
Scénario imaginaire 4 : Ma maison ma misère ?

Fin de fête de démontage à Valparaiso, Jorge et d’autres « habitants de la place » plus ou moins à la rue dansent récupérant les fils.
A l’issue de la fête Jorge a un panier plein de fils et le coeur lourd d’un dernier jour. Nous allions partir, il insiste pour nous montrer son chez lui, à deux pas de la place. Un terrain vague au cadenas cassé, une cabane de bois, plastique, tissu récupérés. Ils y vivent à deux.
A l’intérieur, ces guirlandes de lampions colorés, une chaîne hi-fi et un ordinateur bricolés. Des déclarations, sur la vie la misère l’alcool qui réchauffe et empêche de sombrer. Une volonté contrariée d’arrêter de boire, d’un Jorge qui viendrait derrière sa propre épaule pour, d’une main sur le coeur et d’un regard serein, enjoindre le Jorge flou d’ouvrir les yeux.
« Abre los ojos » « Ouvre les yeux » c’est une jeune artiste graffitera de 18 ans, Gyna Choconta, qui l’a écrit sur un papier et accroché aux fils à Bogota. Sa première interprétation est de « dénoncer la corruption des puissants, des politiciens qui font ce qui les arrangent sans tenir compte des opinions des gens considérés comme ignorants et stupides ». Sa seconde interprétation : « le monde est tel que je veux le voir. Nous pouvons arriver sur la lune, voir le monde à l’envers parce que tout n’est pas comme le dicte une autre personne. »
Sur la cabane, un tableau de Brasilândia, Sao Paulo. Les enfants le découvrent lors du réseau en fil, et l’observant longtemps ils voient ses yeux s’ouvrir.
A partir de 2029, Jorge anime un workshop avec les étudiants de l’école d’architecture et de design de Valparaiso sur le thème « ma maison ma misère ? ». Les étudiants viennent ouvrir les yeux dans le terrain vague, où la cabane évolue vers du dur et où les graffitis recouvrent les murs.
Scénario imaginaire 5 : A pas de géants

L’image commence par des ombres
L’ombre de nos mains sur le mur d’une maison au Pérou
L’ombre de deux participants sur le mur d’une maison au Costa Rica.
Les deux ombres sont ici interverties.
Deux hommes sur échasses : l’un du Costa Rica, l’autre du Pérou, sont au milieu de la même route, unissent les deux mondes, droite périphérie de Lima gauche centre-ville de San José.
Deux mondes si éloignés, le barrio Amon est historiquement celui des villas des propriétaires de plantation de café, au début du XXème siècle, tandis que Comas est un quartier occupé depuis les années 1960 par des villageois pauvres arrivant à Lima. Le bâtiment de gauche est une galerie d’art avec fresque murale, celui de droite une maison inachevée de briques brutes. Hors champ à gauche, une végétation luxuriante, tropicale et le chant des oiseaux. Les arbres visibles à droite sont recouverts de poussière.
Lors de notre voyage, nous sommes passés directement de l’un à l’autre, éprouvant l’abîme entre les deux lieux.
L’union par les échasses tient au fait qu’à Lima nous étions invités pour un festival de théâtre populaire où il y avait une parade d’échasses donc les échassiers sont intervenus avec les fils le premier jour.
A San José, c’est un danseur qui est à la fois acrobate qui nous proposa de venir avec des échasses pour la parade du dernier jour.
Ainsi les deux échassiers n’ont que 6 jours d’écart.
2033 : les géants viennent ensemble relever les fils de tous les réseaux en fil trop bas pour les camions. Les bus, nos ombres monstrueuses et les éléphants aussi peuvent passer et les fils foisonner de fenêtre en fenêtre, de balcon à balcon…
Scénario imaginaire 6 : La Fontaine de la Perle du Pacifique

Plaza Echaurren, Valparaiso la Perle du Pacifique.
Désolation de la 1ère place de la ville, centre du barrio puerto
Fontaine privée d’eau, banc peuplé d’une sculpture par les habitants de la place : 1 silhouette de papier mâché noir assise à leurs côtés toute la journée contemplant le théâtre de la ville.
La routine charrie son poids de misère et d’alcool. Grisaille même sous le soleil.
Dans la fontaine, une sphère-oeuf grillagée où l’on peut rentrer : cockpit d’observation, nouveau point de vue sur la plaza. Un éclair, puis le jour. Fusent les sculptures, explosent les couleurs. Une mosaïque de tous les réseaux en fil latino-américains colonise la place, le quartier, la ville, le ciel…
La photo est prise du toit du marché, bâtiment historique en travaux qui rouvre en 2021.
Habitants et touristes y partageront les empanadas aux fruits de mer frais en échangeant leurs interprétations sur ce que représentent les sculptures de la place. Puis, ensemble, ils leur parlent, les palpent, s’y glissent, les soulèvent, s’y suspendent…
Scénario imaginaire 7 : La commune lune
Chaque réseau en fil a configuré le ciel à sa façon. Nos 5 sphères de Valparaiso font varier une même forme, comme des phases du cycle lunaire. Combinons différents «ciels locaux» avec une sphère qui les éclaire d’un rayon de lune, de lune commune.
Lima et l’Acrobate* : des fils verticaux lancés par les habitants à cheval sur les fils horizontaux tels des funambules lestés par des jouets en plastique remplis de sable.
Mexico et l’Atome* : deux églises ennemies face à face, aucun fil ne passe au crible de l’atome pour les unir, malgré les deux sculptures-mains tendues.
Guatemala et l’Electron* : réseau dense sur lequel est suspendu un tissu parapluie offrant un ciel autonome pour un parc réhabité et un électron à moitié nu.
Rio de Janeiro et l’Oeuf* : réseau très dense parmi les poteaux électriques et les cerceaux ôtés des sculptures-joueurs par les enfants jouant et cabossant l’Oeuf éclos de mille idées.
Bogota et le Circuit* : la sculpture «arme de paix» roule suivant un Circuit différent matin et soir. Dans la nuit, sentons la présence fantomatique des arbres et de la sculpture oiseau volée la 1ère nuit.
A Sao Paulo, les voisins s’organisent pour escalader la montagne jusqu’à la lune afin qu’elle éclaire leur réseau en fil…
* noms des sphères-bobines
Scénario imaginaire 8 : Bobine cerf-volant, sphère-volante

Un matin à Valparaiso un petit garçon a occupé la place, courant de sphère en sphère et de fil en fil. Il soulève et porte sur son dos la grande sphère « Oeuf » et il fait voler son cerf-volant haut dans le ciel du quartier.
Nous en rêvons de bobines cerfs-volants qui voguent librement, selon une inversion de perspective, le point fixe n’est plus la bobine et le point mouvant l’extrémité du fil que l’acteur accroche, non, le point fixe c’est l’extrémité que l’acteur tient en main et le point mouvant c’est la bobine. La bobine déroule et accroche le fil au bâti au gré du vent.
A Sao Paulo, au pied de la favela, les enfants courent. Ils tirent un parachute qui se gonfle au ras du sol.
Ce parachute s’envole avec la sphère de Valparaiso, ils volent ensemble de la vallée du Paradis jusqu’à la forêt tropicale, et atterrissent à Brasilândia, à la limite d’une zone urbaine de 30 millions d’habitants…
Le parachute atterrit dans les escaliers où il se pose sur les fils. Les enfants le transforment en centaines de petits cerf-volants auxquels ils attachent une bobine de fil et lancent haut dans les airs pour que ces œufs éclosent autour d’eux.
Scénario imaginaire 9 : Tout le monde debout, que la fête commence

A Valparaiso, l’attente (de Godot?) est palpable. Ces hommes restent assis toute la journée tous les jours. Leur attention flotte sur le théâtre de la ville.
A Bogota, le passage est fluide. Pour la fête de démontage le danseur Michi improvise une danse avec la violoncelliste Maria Virginia Lopez. Il virevolte avec les fils, la sculpture, les passants et se démultiplie. Main tendue, omoplate offerte, corps allongé obstacle au passage…
Ici nous exprimons le suc de cette danse et le butinons jusqu’à Valparaiso, où Michi, figure de proue du réseau en fil, s’escrime à hisser debout les assis, à faire danser les attentistes. Tandis que Maria Virginia fait vibrer les cordes des bobines-danseuses de San José dont les jupes vont s’agiter.
En 2040, la place Echaurren est peuplée de danseurs et de sculptures, les attentistes d’hier se dandinent au son du clapotis de l’eau de la fontaine.
Scénario imaginaire 10 : DéFILé DéFILé DéFILé (Vidéo)

DéFILé DéFILé DéFILé
Crédits
Vidéo du Collectif MASI (Madlen Anipsitaki & Simon Riedler)
Musique : Compositions originales de Paul Hazan.
Graphisme des titres : Nana Stepanian
La mode n’apparaît pas seulement sur le podium du défilé, elle survient dans la ville quand on s’imagine défiler sur un podium.
Sur ce podium on s’imagine soi-même, telle ces demoiselles de Rio de Janeiro, inspirées par une chanson ; ou le regard de la caméra et le montage nous transforment en mannequin, tels les autres protagonistes de la vidéo.
Les trois séquences ont lieu sur la scène du réseau en fil, qui défile ici de Rio de Janeiro à Pereira en Colombie et enfin de nouveau à Rio de Janeiro.
Tant qu’il y a du fil il y a défilé, imaginons la suite du défilé à Pouillenay, village bourguignon, par exemple…

