Le réseau en fil d’Ikaria & double patrie

IKARIA (GRÈce), 2021

En résidence pour dix jours à Artemis Studio, surplombant le golfe de Na, nous expérimentons le réseau en fil dans un contexte radicalement nouveau : une plage.

Nous complétons l’installation par un accrochage dédoublant l’horizon : entre les rochers bordant le golfe de Na, nous tendons un fil sur lequel sont cousus trois draps représentant l’un, les corps des noyés du Golfe de Na (récurrents) et de la Méditerranée, le deuxième Icare aux ailes fondues au soleil qui coule dans la mer, et le troisième, une chèvre sacrifiée à Artemis dont les vestiges d’un temple se trouvent à côté.

Les trois sculptures-bobines sont faites exclusivement de matériaux récupérés sur l’île.

Les sculptures-bobines sont installées sur la plage. L’une représente la mère d’Icare attendant sa dépouille sur la plage, ou plus généralement une femme de marin attendant son retour, d’où la roue de vélo bloquée.

L’autre est un pêcheur-penseur perché sur son rocher.

Enfin, Icare, pétri de plastiques récupérées sur les plages, notamment de morceaux de bouées. Nous avons voulu l’exposer dans l’eau, mais la mer l’a repoussé sur la plage. Ce que la mer a recraché sur la plage, il est impossible de le lui remettre. Icare aux ailes brûlées a trouvé refuge sur la rivière au fond de la plage.

Le réseau en fil a duré trois jours, au cours desquels les participant.es ont escaladé les rochers à la recherche de points d’accrochage. Hors saison, il s’agissait surtout d’habitant.es et de touristes au long cours.

Iels ont dessiné une verticalité de fils et de pièces de bois suspendues.

La fête de démontage a permis l’expression artistique, guitares-voix, avec des rencontres entre les habitant.es du golfe de Na, de jeunes hippies de l’île, d’un couple de soixantenaires allemands…Tou.tes ont pu récupérer les fils.

Double patrie

Dans la baie des Âmes perdues,
Je dévoile un drap
Et Icare, cette mer l’a noyé,
Je dévoile un deuxième drap
Et la chèvre, là, carcasse pour l’amour de la déesse Artémis,
Je dévoile un troisième drap

Âmes, Icare, chèvre 
Trois points en ligne droite,
De l’horizon ligne parallèle définissent

Avec les âmes des migrants coule l’humanité du monde en Méditerranée
Je dévoile un drap
Incorrigible est l’homme à l’hubris d’Icare volant en vain à la poursuite du soleil
Je dévoile un deuxième drap
Des myriades d’animaux sont abattus pour le compte de l’homme
Je dévoile un troisième drap

Un jour un drap blanc nous emportera

Double ligne
Ligne d’horizon
Ligne du destin

Ma Grèce, ma planète
Je veux célébrer ma double patrie
Drap blanc, drapeau blanc comme l’écume
Qui cache en elle la poésie des sept couleurs

Διπλή πατρίδα 

Στον κόλπο του Να χαθήκαν οι ψυχές, 
ένα σεντόνι ανοίγω
Κι ο Ίκαρος, τούτο το πέλαγο τον έπνιξε, 
ανοίγω κι ένα δεύτερο
Κι η αίγα εδώ, σφάγιο προς χάριν της θεάς Αρτέμιδος, 
ανοίγω και το τρίτο
Ψυχές Ίκαρος Αίγα
τρία σημεία εν ευθεία, 
του ορίζοντα παράλληλη ορίζουν

Ψυχές μεταναστών βουλιάζουν στη Μεσόγειο την ανθρωπιά του κόσμου
ένα σεντόνι ανοίγω
Αδιόρθωτος ο άνθρωπος του υβριστή Ικάρου την πτήση σισύφεια διατρέχει τον ήλιο κυνηγώντας
ανοίγω κι ένα δεύτερο
Μυριάδες ζώα σφάζονται για χάρη του ανθρώπου
ανοίγω και το τρίτο
Μια μέρα όλους μας ένα λευκό σεντόνι θα μας πάρει 
Διπλή γραμμή 
Γραμμή του ορίζοντα 
Γραμμή της μοίρας 
Ελλάδα μου, Γαία μου
Τη διπλή πατρίδα μου θέλω να γιορτάσω
Σεντόνι λευκό, σημαία λευκή σαν τον αφρό 
που κρύβει μέσα του την τέχνη εφτά χρωμάτων