Klepsydrogeios – La Terre en sablier

Climat. Les points de bascule sont en cours de franchissement, la Terre en sablier ne se retourne pas.

La Terre en sablier, 25 septembre 2022
Parc du Centre culturel de la Fondation Stavros Niarchos, Athènes, oeuvre-action en partenariat avec Greenpeace
Verre soufflé, fer, plomb, argile
200x85x95cm

Crédit photo : SNFCC

Le public la remplit d’espoir et de vie matérialisés par des billes d’argile utilisées en jardinage pour drainer l’eau. Marron – le sol, Rouge – le réchauffement climatique, Bleu – la mer, Jaune – la faune, Vert – la flore

L’équilibre environnemental est fragile comme deux sphères de verre soufflé. 

Comme portant métallique et symbolique, l’oeuvre a une base triangulaire et un oiseau au sommet, faisant sien l’adage de Dionysios Solomos “Avec logique et rêve” comme ingrédients de notre action pour la planète bleue.

Dans le jardin méditerranéen, l’équilibre domine : Il y a un contrôle constant, les promeneurs passent par les allées afin que les espaces verts avec romarin, lavande et oliviers restent intacts dans leurs parterres. De cette façon, il n’y a pas de contact direct, les uns deviennent les spectateurs des autres, les oliviers des promeneurs et les promeneurs des oliviers.

Notre premier souhait était de cacher les billes à l’intérieur des oliviers, dans les veines des troncs, afin que les participants puissent entrer en contact avec les arbres, les étreindre, les escalader et ainsi découvrir joyeusement la bille de couleur prometteuse. Mais cela n’était pas possible dans ce jardin où, pour s’assurer qu’ils ne sont pas maltraités, les arbres sont inaccessibles, comme une beauté sacrée que l’on ne peut observer que de loin. Peut-être serait-il mieux de combiner les deux approches pour faire face au péril planétaire, de ne pas exclure notre contact avec les écosystèmes fragiles mais d’user de précaution ?

Crédit photo : Greenpeace Grèce

Nous avons donc caché les billes en bordure des parterres de fleurs. En se baissant, on peut les attraper sans entrer dans l’aire verte. Les enfants ont commencé à courir dans tous les sens pour les ramasser, perturbant l’équilibre du jardin. La chasse au trésor et l’exploration ludique des enfants ont dépassé les limites autorisées.

Crédit photo : Greenpeace Grèce

Le jardin parfaitement contrôlé, ainsi que les ressources humaines qui l’entretiennent, ont commencé à perdre leur équilibre habituel, tout comme un écosystème qui, lorsqu’il est perturbé, met du temps à s’adapter à la nouvelle situation.

Finalement, comme le temps d’adaptation était très limité, il était plus logique d’adapter les règles du Klepsydrogeios aux règles de son environnement. Après une heure d’action fiévreuse et enfantine, les responsables de SNF et de Greenpeace ont commencé à collecter les billes colorées. En raison de l’affluence, nous avons également permis aux participants de déposer plusieurs billes organiques à la fois. Les enfants, dans leur ardeur à remplir le Klepsydrogeios, l’ont fait avec suffisamment de force pour que le verre se fissure. Quel rappel essentiel ! Avec cet incident, le Klepsydrogeios s’est exprimé, nous rappelant la nature qui semble se venger des blessures que nous lui avons infligées. Mais la nature ne se venge pas, elle souffre et parce que nous faisons partie d’elle, même si nous l’oublions souvent et nous considérons comme omnipotents et indépendants d’elle, nous souffrons aussi.

Crédit photo : Greenpeace Grèce

Le jour suivant, les règles du jeu ont été ajustées : à partir d’un point unique, chaque enfant devait choisir 5 billes, une rouge pour la température, une jaune pour la faune, une marron pour le sol, une bleue pour la mer, une verte pour les plantes, et devait les déposer une par une avec précaution dans le Klepsydrogeios. L’expérience consistant à placer la bille dans le Klepsydrogeios et à observer son parcours descendant a été dans tous les cas unique. En partant, l’enfant a reçu un papier de Greenpeace lui recommandant une action simple qu’il pourrait intégrer dans sa vie quotidienne pour aider notre planète.

Le caractère de l’oeuvre est donc devenu plus didactique et moins ludique. Cette adaptation est-elle idéale ? Ou devrions-nous, lors d’une prochaine étape, essayer de faire en sorte que le jeu que nous aimons tant devienne une source d’inspiration et d’enseignement, de manière à faire réfléchir et rêver les jeunes et les moins jeunes ? Est-ce que le matériau fragile choisi pour la construction du Klepsydrogeios n’était pas le bon pour une telle activité participative ? La planète aurait-elle dû être plus résistante ou aurions-nous dû en prendre davantage soin ? Avons-nous manqué d’information et d’éducation avant notre intervention ? Nous rendions-nous compte, avant d’atteindre le moment de l’action, de sa fragilité, du pouvoir de la collectivité, de la patience et de la persévérance ?

Klepsydrogeios a, pour son premier arrêt, laissé un message puissant dans l’esprit des jeunes et des moins jeunes. Il ne suffit pas de vouloir aider la planète, il faut aussi le faire avec précaution… Chaque sphère de verre soufflé est aussi fragile que la planète, on ne sait pas ce qu’une transgression humaine pourrait entraîner. Ainsi, le lendemain, en plus des nouvelles règles, la sphère supérieure fissurée a été changée et remplacée par son moule en gaze de pharmacie, nous rappelant le soin nécessaire de notre planète.

La force de l’oeuvre réside dans l’histoire de sa vie. La participation a été excellente. Notre expérience a été immense dans cet espace unique de la Fondation Stavros Niarchos. Le Klepsydrogeios a connu son premier arrêt, nous a beaucoup appris et continue son voyage …

Nous sommes très reconnaissants à Greenpeace Grèce et plus particulièrement à Vicky Maglara, qui a cru au Klepsydrogios, ainsi qu’à toute l’équipe culturelle et technique du SNFCC, à Sylvia Liouliou, Sofia Polychronidou et Ifigeneia Kortesi pour avoir accueilli notre projet.