Valparaíso, Chili : 24 septembre – 8 octobre 2018


« fuera…fuera de mi vida
[…]
desde este puerto querido donde salí a la vida
te pido paciencia coraje y un adiós » Chico Trujillo, chanté par un guitariste sur la place Echaurren

1/ Le réseau en fil en chiffres

2/ L’affiche du projet « Red de hilos en Valparaíso, Chili »

3/ L’article sur le projet « le Réseau en fil de la plaza Echaurren à Valparaíso au Chili »

4/Diaporama photo

5/ Liens externes : Radios et Vidéos

Le réseau en fil en chiffres :

8 jours d’expérimentation entre le 3 et le 11 octobre, 1 jour à part pour connaître la « Ciudad Abierta » (Ville Ouverte)
4 partenaires, le conseiller municipal Claudio Reyes, la coordination entre Sercotec et les commerçants du quartier, le « Valpo Urban lab », et l’Ecole d’architecture et design de Valparaíso (PUC) qui nous finance les 260 euros de budget.
2 membres supplémentaires de notre équipe, l’artiste chilien Fernando Sanchez et l’architecte française Victoria Frénak
5 sphères à l’armature métallique et recouvertes de fil disposées sur la place Echaurren, 4 abritent des sculptures et il est possible de rentrer dans la dernière.
1700 mètres de fil issu de boutiques navales de 3 couleurs différentes (jaune orangé, vert foncé, vert clair)
1100 mètres de fil environ et 1 sphère sont volés en une nuit
1 festival de concerts une après-midi, plus 1 chanteur, 1 cerf-volant, 1 jongleur, 1 DJ sont intervenus
2 visites de logements d’ « habitants de la place »
5 commerces offrent boissons et nourriture pour la fête de démontage, le Valpo Urban Lab offre café et collation le samedi
5 émissions de radio sur le projet
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L’affiche du projet « Red de hilos en Valparaíso, Chili »

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L’article « Le réseau en fil de la Place Echaurren à Valparaiso au Chili, 24 septembre – 8 octobre 2018 »

« Pero este puerto amarra como el hambre,
no se puede vivir sin conocerlo,
no se puede mirar sin que nos falte,
la brea, el viento sur, los volantines,
el pescador de jaivas que entrisstece
nuestro paisaje de la costanera. » Osvaldo Rodriguez, Valparaíso

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Introduction

Ville de Guatemala, San José au Costa Rica, Lima au Pérou, le fil des villes des réseaux en fil s’étire aujourd’hui au Chili dans une ville frétillante culturellement et au patrimoine portuaire important : Valparaíso. Ancien premier port d’Amérique du Sud, récemment reléguée 2ème port du Chili, la « perle du Pacifique » comme l’appelaient les marins, a vu son trafic portuaire décliner, en particulier son activité de pêche. Cela se ressent dans le quartier du port, le « Barrio Puerto » premier quartier de la ville, il en est aujourd’hui à la marge. Nombreux bâtiments sont abandonnés des suites d’une expulsion, d’un incendie ou d’un séisme. Notre premier partenaire en est le « Consejal », conseiller municipal, Claudio Reyes. Il travaille étroitement avec l’organisme public Sercotec en charge de la revitalisation du quartier par l’économie, avec les commerçants comme moteurs. Grâce à Sercotec nous avons rencontré le « Valpo Urban Lab » (laboratoire d’étude et d’actions sur la mobilité urbaine) avec qui nous avons organisé deux événements. En parallèle, nous avons remporté le soutien de l’Ecole d’Architecture et de Design de l’Université Catholique de Valparaíso pour les financements et l’atelier de préparation. L’artiste chilien Fernando Sanchez et l’architecte française Victoria Frénak sont venus renforcer notre binôme et nous ont permis à la fois de mettre en place un dispositif de scénographie urbaine très ambitieux et de rencontrer beaucoup d’acteurs de la ville.

Nous avons choisi d’intervenir plus précisément plaza Echaurren, la première place de la ville autrefois appelée « Place municipale » pour l’animer et travailler auprès de ses habitués la mémoire du port, des anciens pêcheurs et anciennes prostituées…La question qui nous guide est : comment notre scénographie urbaine a rencontré la volonté politique et économique de revalorisation du quartier ? En tenaille entre les acteurs politiques, administratifs, économiques d’une part et les « habitants » de la place d’autre part, comment l’expérimentation du réseau en fil a créé sa place ?

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© Diego Fredes
Le site

Valparaíso : « Valpo », « petite San Francisco », « joyau/perle du pacifique »…ses surnoms donnés par les marins attirent aujourd’hui plus les touristes ; son centre historique a été déclaré « Patrimoine mondial de l’humanité » par l’UNESCO en 2003. En son sein, le quartier du port et la place Echaurren. « C’est un authentique quartier populaire, tout le monde se connaît » affirme le marchand du kiosque de la place surnommé « Nano » (nain) par les habitants. Les touristes n’y font que passer, c’est le premier quartier de la ville et la 1ère Eglise de la ville, la Matriz, la surplombe. Les habitants des collines du quartier y passent tous les jours, ceux du reste de la ville n’ont pas de raison d’y aller nous prévient notre partenaire Gonzalo Gomez de Sercotec, car il n’y a pas d’administration, de service, de boutique, qui exigeraient de s’y rendre. Hors des heures de l’aller-retour au travail et du déjeuner, peu de gens y transitent.
D’autres y vivent de façon précaire. Tous les jours ceux ayant un peu d’argent attendent l’heure pour aller manger au réfectoire de la corporation de la Matriz et dormir à l’Armée du salut voisine, les autres restent dormir sur la place, d’autres encore rejoignent leur cabane ou leur appartement dans un immeuble dégradé voisin. Certains mendient, beaucoup boivent. Les problème de prostitution, de vols et de trafic de drogues, les nombreux chiens abandonnés complètent le tableau. Le quartier vit aussi dans la nostalgie de son passé grandiose puis bohème, animé par les marins qui y débarquaient faire la fête. Alcool et prostitution déjà l’habitaient, mais selon nos interlocuteurs, par exemple cette (ex)prostituée : « c’était mieux avant, on prenait soin de nous, la prostitution faisait partie de la bohème ». Sur la place Echaurren, le bar Liberty – le plus ancien de la ville – maintient la tradition de la « Cueca », musique et chants traditionnels du quartier et par extension de la ville. Son patron depuis 25 ans précise que la bohème a pris fin au début du gouvernement militaire en 1973. Il se plaint beaucoup du vol lié à un « manque de culture » propre à des « mauvaises personnes » des parents et leurs enfants de 12-15 ans qui eux volent, contrairement aux « personnes antiques qui ont vécu toute leur vie ici ».

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Y rester tous les jours pendant huit jours nous a permis d’entrer dans le quotidien de la place et de ceux que l’on appellera ses « habitants » – sans homogénéisation forcée, simplement selon le critère de la présence (et non du passage) quotidienne ou presque sur la place. Nano confirme « ce sont toujours les mêmes personnes, amis ou ennemis tous se connaissent ».

Objectif du projet

Le réseau en fil vise ici l’expression et l’approfondissement de la « sociabilité de rue ». Nous sommes invités à suivre un objectif de dynamisation, valorisation, mais pas « reconquête » ou « récupération » comme nous avons pu l’entendre au Guatemala ou au Costa Rica. Ici les habitants de la place font partie du paysage du quartier et ni nos partenaires politiques ni les commerçants ni la corporation ecclésiastique ne cherchent à les évincer. Alors l’objectif est de valoriser la place d’abord aux yeux de ses habitants et commerçants, des habitants du quartier, et enfin du reste de la ville. C’est pourquoi notre activité garde son caractère ludique incluant les habitants de la place et les autres. Travaillant la mémoire importante du site, nous voulons rendre hommage à la culture marin-pêcheur comme un levier de valorisation des nombreux marins-pêcheurs, aujourd’hui au chômage, retraités, blessés, qui habitent la place. Comme la pêche est une activité « totale » qui mobilise les femmes, les enfants, de nombreux autres métiers, ce levier n’en est que plus puissant.

Concept de l’installation

Nous choisissons d’attirer l’attention avec des sphères-bobines colorées en évidence sur l’ensemble de la place. Deux font 1,80m de diamètre, les personnes peuvent rentrer dans l’une et ainsi changer leur perspective sur la place. C’est une métaphore de notre ambition de changement de perception du site et des personnes qui participent au réseau en fil. La forme de sphère, nous en rêvions depuis les premières illustrations du réseau en fil, leur méthode de fabrication est issue du monde marin-pêcheur, inspirée par des sphères de 40cm de diamètre servant de casiers à crevettes que nous avons observées dans un magasin naval. Nous valorisons ce monde en appliquant notre tactique de détournement de l’usage d’un objet pour le mettre en situation d’être perçu comme une œuvre d’art, espérant que ce changement de perception entraîne celui sur la place et les personnes qui y vivent. Les sphères sont enroulées de fil et leurs sculptures abstraites à l’intérieur attirent regards et interprétations divergentes au fur et à mesure que le fil est déroulé. Ce sont des « sculptures vivantes » qui s’animent lorsqu’une personne manipule leur sphère pour dérouler le fil. Chacune mélange des mondes par un assemblage de fils des réseaux précédents et de matériaux de récupération issus du port, de l’école d’architecture, de boutiques d’outils – métaphore du brassage social recherché – de plus elles font chacune des sons quand elles sont manipulées, ce qui rajoute l’ouïe à l’expérience sensorielle du réseau en fil.

La place est « coupée en deux » par une rue au milieu où passent des bus. Nous plaçons les sphères de part et d’autre de cette rue. Deux grandes (1,8 et 1,3m de diamètres) sphères sont suspendues entre les palmiers d’un côté, deux moyennes (0,6 et 0,9m de diamètre) sont à terre de l’autre côté et suspendues la nuit (à un arbre et un lampadaire) pour éviter le vol ; la grande où il est possible de rentrer est dans la fontaine de ce côté, fontaine qui agit comme une délimitation du terrain de jeu pour des raisons de sécurité.

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Préparation

Avec l’aide de l’artiste et professeur chilien Fernando Sanchez rencontré à Santiago, et de l’architecte amie française Victoria Frénak, nous avons eu la chance de travailler face à la mer à l’Ecole d’Architecture et de Design de l’Université Catholique Pontificale de Valparaíso.

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Au vu de l’avancée de notre travail, le directeur et un professeur ont proposé de nous financer l’ensemble du projet – 300 dollars. Ils nous ont aussi invité à 60km de Valparaíso, dans un grand terrain fait de dunes et de bois de pins : la « Ciudad Abierta » (« Ville ouverte »), où depuis les années 1960 des professeurs de l’école sont partis vivre et réaliser une utopie d’auto-construction poétique organisée en coopérative. Nous avons assisté à un cours en plein air avec les étudiants qui y vont chaque semaine aussi pour des activités de plein air. Puis, un déjeuner était organisé avec les professeurs où nous avons savouré l’atmosphère de banquet intellectuel et présenté le projet.

En parallèle, intervenir sur une place historique dans une ville classée au patrimoine mondial de l’UNESCO requiert un permis délivré par la mairie. Pour l’obtenir, notre partenaire Claudio Reyes nous a mis en relation avec différents interlocuteurs des services du « développement économique » et de la « culture », c’est le second qui nous a finalement accordé le permis pour l’intervention. Le policier qui reste toute la journée sur la place, seulement pour garder sa voiture selon les habitants de la place et le patron du bar Liberty, aurait tout de même pu nous l’exiger. Pour être plus légitime dans le quartier notre partenaire Rolando Alvarez du Valpo Urban lab nous a conseillé de rencontrer le père qui dirige la corporation de la Matriz. Nous avons suivi son conseil, ce qui nous a amené à présenter le projet et à inviter les clients du réfectoire de l’Église. Avant de commencer, nous avons avec nos partenaires (le conseiller municipal et le responsable du projet de Sercotec) présenté l’intervention à deux organisations de voisins, dont l’une a relayé l’affiche puis l’invitation à la fête de démontage. L’accueil était bon, le projet bienvenu. On nous a averti des risques de vol, on nous prévient que ça sera difficile pour que les gens participent, mais notons qu’aucun de ces commerçants n’a participé. Nous avons aussi chercher à rencontrer et inclure des artistes dans l’intervention pour animer la place en suscitant des interactions créatives avec les fils. Une danseuse et responsable de compagnie et de cours devait venir ainsi que des artistes de cirque de la Carpa Azul. Aucun n’est venu.

Déroulement de l’expérimentation

Lors du montage, le dispositif impressionne les personnes assises sur la place ou qui y passent, l’escalade de trois palmiers pour suspendre deux sphères aussi. Cependant les questions sont rares et nos premières invitations à participer rencontrent tout un panel d’excuses comme «j’attends quelqu’un », « je vais faire des courses », « je n’ai pas le temps »… Nous pouvons en conclure que l’irruption dans la routine n’a pas provoqué de participation spontanée autre que des regards tournés. On nous avait prévenu que les débuts ne seraient pas faciles car les gens ne comprendraient pas le projet et sa démarche participative. Mais au fil de la journée, avec des enfants aussi, la situation se débloque, les fils sont déroulés, et la participation a augmenté progressivement jusqu’au quatrième jour où un concert sur la place draine beaucoup de gens et participants.

Frise

Plutôt qu’un récit exhaustif, nous vous livrons quelques scènes significatives dans l’ordre chronologique :

3 oct : Des travaux de peinture sont faits sur les poteaux et bancs au pied des palmiers. Nous discutons avec le responsable et l’ouvrier : « De toute façon on peint, ils passent, on repeint… ». En effet nombreux vont enjamber les barrières pour monter sur les bancs accrocher un fil aux palmiers et ceinturer d’un fil les poteaux à la peinture fraîche.
Dans la sphère de la fontaine, 4 enfants rient, se poussent, crient, tombent. Plus tard un enfant joue avec sa grand-mère, elle dedans lui dehors. Ensuite, deux anciens pêcheurs s’attellent à démêler le fil de la sphère où la grand-mère et les enfants sont rentrés.

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Le soir, Simon et Rodrigo, un jeune voisin enchanté par le projet, suspendent les sphères pour la nuit. Vient l’idée de hisser la grande au sommet de la fontaine comme une lune, par sécurité et pour l’aspect esthétique. Après de longues et pénibles minutes, ils abandonnent.

4 oct : Un enfant tire sur le fil d’une sphère suspendue, en fait une boucle, s’éloigne et l’accroche le plus loin possible. Puis il tente de soulever sur son dos toutes les sphères une par une avec succès, enfin il fait voler son cerf volant !
A l’heure du déjeuner, beaucoup de passants. Quatre adolescents passent sandwich à la main et sont tous fortement surpris par l’installation qu’ils fixent des yeux et commentent.
En fin de journée, trois jeunes goguenards s’arrêtent contempler le fil. Nous les invitons, ils refusent. Nous tournons le dos, ils s’y mettent spontanément, la fille tournoie, danse avec le fil…nous les retrouvons de l’autre côté de la place, ils sont dans la sphère.
Fil à la main, un homme complètement saoul entreprend de faire le tour de la place du côté de la fontaine. Il rit, gesticule, interpelle, et, seul, parvient presque à son objectif.
Un jeune homme hagard s’arrête, tire un fil de la sphère, se fige et balance la sphère pendant une minute, fait quelque pas, recommence, avant d’accrocher son fil à un poteau.

5 oct : Un autre jeune homme très vif s’arrête et s’applique pour créer des ponts de fil entre deux fils. Etudiant sociologue ayant l’habitude du tissage car aidant souvent sa mère couturière, il voit en la sphère une métaphore de la contamination – pollution des océans, comme si les déchets plastiques et métalliques mis en exergue dans la sphère étaient des déchets prisonniers des eaux.

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Un homme passe guitare à la main, nous lui demandons un morceau. Il nous le dédicace avec passion dans un bolero typique « Fuera de mi vida », nourri de nos applaudissements sans réaction des personnes autour. Il finit par nous dire, au sujet de la sphère suspendue : « en dirait une galaxie ».
La couverture sur l’épaule, le bonnet qui dépasse, déguenillé, hirsute, Jorge participe tout sourire et s’applique pour élever les fils au dessus des têtes en faisant comme un câlin au poteau.
En colère face à un tel « outrage », un homme enlève les fils et la cravate enroulés autour du cou de la statue du chanteur Jorge « negro » Farias. Aussitôt parti, la vieille dame aux cheveux courts, pull noir et rares dents remet les fils, non sur le cou mais juste à côté de la statue.
Un homme enroule et garde du fil à la main. Immobile ainsi un long moment, il se lève pour l’accrocher, se rassoit.

Madlen écrit alors à son journal :
Ils m’ont enchantée. Beaucoup les appellent enfers ou misérables. Ils le savent, ils le confirment. Ils sont désolés. Alcooliques, toxicomanes, sans abris… Moi, je les appellerais des aristocrates. Ils sont sortis d’un conte de fées d’une autre époque pour donner une théâtralité à la scène de cette époque. Leurs vêtements, leurs mouvements, l’expression et les lignes de leurs visages reflètent une esthétique particulière, pas celle de la masse. Une esthétique personnelle. Vous les voyez toujours dans les mêmes vêtements comme s’ils étaient leurs costumes dans le théâtre de la ville! Et ils changent de rôle, parfois ils parlent fort pour que tout le monde puisse les écouter, parfois ils murmurent un monologue. Leurs yeux incendies s’allument de jour et de nuit et leurs sourires s’animent de l’air frais qui pénètre leurs rares prothèses dentaires. Jorge porte son long manteau poussiéreux et ses cheveux jusqu’à l’épaule ne s’agitent pas au vent, comme s’il leur avait mis du gel pour les maintenir comme il les a coiffés. Benjamin porte son pull orange en inventant une manière non conventionnelle, sans passer sa tête par l’encolure, ne couvrant que ses bras et la partie supérieure de ses omoplates. Son pull le tire légèrement en arrière, l’obligeant à marcher le torse bombé en jouant des rôles et en racontant des histoires. Et celui qui ne parle pas et tourne vers moi ses yeux d’un noir sans fin avec son manteau du même noir. Et tous sont fins, aucun n’est enveloppé, sur leurs maigres et charmants visages apparaissent toujours leurs pommettes. Jorge a étudié la cuisine, Benjamin est un ancien marin… Tous ensemble, nous avons dansé la dernière danse lors de la fête du démontage du réseau en fil de la place Echaurren à Valparaíso. Ils nous font l’honneur de nous accueillir dans l’atmosphère de leur scène.

Chaque scène n’est possible que sur la scène du réseau en fil., certains gestes comme le « câlin » de Jorge au poteau aussi.
De manière générale, nous avons observé pendant ces jours et la suite de l’intervention que parmi les personnes qui participent, les passants sont plus gênés que les habitants. Comme si les passants, ce sont nous qui les invitons au réseau en fil ; tandis que ce sont les habitants qui nous invitent sur leur place pour le réseau en fil. La légitimité à occuper l’espace public et à participer au projet est plus évidente pour les habitants, c’est littéralement leur place. Cependant, à de nombreuses reprises le réseau en fil est une raison pour parler aux gens autour, qui grâce à leurs multiples points de vue participent aussi au spectacle en indiquant à l’acteur des endroits où accrocher le fil. Comme le souligne Victoria en entretien le dispositif « permet aux autres personnes de ne pas être seulement passants mais de prendre place sur la place et créer des liens avec des personnes en marge de la société ». Créer un tel lien grâce au fil lui donne l’opportunité de « se rendre compte de certaines réalités qu’on ne connaissait pas ».
Notons que la participation a augmenté au fur et à mesure pendant ces trois jours jusqu’à culminer durant le festival du samedi.

Festival

Le samedi 6 octobre, 4ème jour, il y a une série de concerts sur la place organisée par le club de sport Liberty du nom du bar historique de la place. La veille et le matin, ils font pression pour que nous enlevions la sphère suspendue qui gênerait visuellement entre la scène et le public. Nous faisons un effort pour l’élever bien au dessus des têtes mais à leurs yeux cela ne suffit pas, et ils nous prennent à parti. L’altercation a donc pour objet la légitimité à occuper l’espace public, qui se joue sur le mode étranger/local avec une forte connotation politique : notre adversaire invoque ses grands-parents Mapuche, principal peuple originaire au Pérou, en lutte constante et violente pour récupérer ses terres. Il qualifie notre art d’eurocentrique pour le discréditer. Nous répondons que non, il s’agit d’une création collective par les acteurs locaux, qui s’est déjà déroulée au Guatemala et au Costa Rica. Il ne nous écoute pas et obtient gain de cause. La référence au contexte politique tendu au Chili se retrouve dans un entretien que nous avons fait avec un historien qui accuse le gouvernement et la municipalité d’inaction, d’abandon de la Place Echaurren.

L’ambiance du festival avec la place remplie de mondes différents a donné lieu à beaucoup de participation de tout bords, de nombreux fils sont accrochés côté concert et côté fontaine. Le matin déjà, un jeune homme aux capacités différentes nous a ébloui en suspendant une sphère. Il a été aidé par sa mère et des passants. Sa concentration impressionne, il sort valorisé du processus qui se termine par une longue étreinte avec sa mère.

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La sphère, suspendue, fait de l’ombre pour le portraitiste de Victoria

En fin de journée, notre partenaire Rolando Alvarez du Valpo Urban lab a proposé d’offrir et de partager un café-gâteau avec les habitants de la place. Côté fontaine, nous distribuons, les personnes à la rue affluent et se mêlent à quelques jeunes femmes pour un jeu de saut à la corde par exemple. Un groupe d’habitants de la place s’impliquent pour démêler le tas de fil de la sphère où l’on peut entrer. Un atelier se met en œuvre entre ceux qui démêlent, qui nouent, qui enroulent. D’un côté cet atelier nous réjouit comme appropriation-valorisation, de l’autre cette appropriation pourrait se transformer en un « vol » quand la vieille dame au panier en osier le cache plein de fil entre ses jambes : nous ne saurons pas si elle le gardait pour éviter le vol ou si elle souhaitant le garder pour elle. La vieille dame au déambulateur nous confie «je vous dis, vous ne pouvez faire confiance à personne ».

Vol

Le lendemain matin, l’intégralité des fils suspendus et une sphère enroulée de fils ont disparu. S’agit-il d’un vol? Nous-mêmes sommes friands des objets qui traînent dans l’espace public et n’avons aucun scrupule à nous les attribuer. La question qui se pose est : est-ce que les personnes qui ont pris le fil ont compris qu’il faisait partie d’une installation sur la place, pour la place ?

Nous menons l’enquête. L’homme du kiosque assène : « Qui l’a volé ? Tous. Ils sont venus me demander des ciseaux ou un couteau. Ils se disent « si moi je ne le prends pas, quelqu’un d’autre va le prendre ». Vous ne devez faire confiance à personne. Moi aussi j’en ai pris un peu.». Il étend la réflexion à l’ensemble de la société chilienne « Les hommes politiques, les riches aussi volent, pourquoi pas nous ? ». Nous retrouvons l’argument du nombre chez cette femme (habitante du quartier) qui le croise avec une explication culturaliste : « Les gens n’ont pas de culture. Ils jettent leurs déchets par terre. Les drogués ont pris le fil, ils vont le vendre pour s’acheter une dose, et la sphère ils vont vendre le métal au poids ». La stigmatisation des drogués ne résiste pas à l’expérience :
Nous voyons un garçon d’environ 12 ans en train de prendre du fil et la petite sphère pour l’apporter depuis l’autre côté de la place jusqu’à sa mère à côté de nous. Nous l’interceptons : « Que fais-tu ? Pourquoi tu prends le fil ? » Il arrête et répond, laconique : « ça me sert ». Voici une explication matérialiste des besoins particuliers de personnes en extrême précarité qui l’emportent sur l’ « intérêt général » du réseau en fil. Nous lui demandons de ramener le fil qu’il a pris cette nuit, il ne répond pas. Sa sœur reprend la sphère, nous demandons pourquoi, cette fois le frère lance « ça sert pas ». S’il a besoin du fil, la sphère elle est inutile. Comme l’a dit Nano « ça sert, ça sert pas ils le prennent ». La mère renchérit « nous pensions que l’installation était terminée avec la fin des concerts ». Cette explication vise à désamorcer nos accusations de vol, nous allons l’entendre dans un instant.
Tout sourire, exprimant une joie qui nous confirme que nous avons raté la « fête du vol » de la nuit précédente, un homme est en train d’accumuler tout le fil de la grande sphère. Nous lui demandons d’arrêter et pourquoi fait-il ça, il complète le « je pensais que c’était fini » par l’argument du nombre comme quoi si lui ne le prend pas quelqu’un d’autre va le prendre. A chacun, nous martelons qu’il s’agit d’une installation pour la place, pour tous, pas pour que quelques uns prennent le fil pour eux, que jeudi pour le démontage chacun peut prendre le fil qu’il veut. Aucun d’entre eux ne sera là jeudi.
De cette enquête nous pouvons conclure surtout la normalité de l’événement, le fait que s’attribuer un bien la nuit sur la place Echaurren fait partie des mœurs car personne n’arrête quelqu’un en train de prendre du fil, au contraire ils semblent se dire « pourquoi pas moi ». Personne n’est surpris, si ce n’est par le fait que le réseau en fil ait duré quatre jours et trois nuits. Lors de la fête de démontage, un vol flagrant s’est passé en toute discrétion : une échelle a disparu. Il serait intéressant de savoir comment les voleurs se sont organisés pour subtiliser l’échelle ainsi, sous nos yeux. Nous informons son propriétaire le lendemain, un commerçant voisin qui nous a prêté son échelle tous les jours, il est loin d’être surpris, car « ils sont très forts ». Notre partenaire de Sercotec qui connaît bien le quartier ne l’est pas non plus et va racheter l’échelle.
La sincérité ou l’hypocrisie de l’argument « je pensais que c’était fini » importe moins que sa formulation qui montre bien que ces personnes avaient conscience qu’il s’agissait d’une installation artistique sur la place, donc que le prendre est le voler. Le voler à nous, qui l’avons acheté, proposé dans le cadre d’une activité gratuite, le voler à tous ceux qui ont participé et créé leur marque en fil sur la place, le voler à tous ceux qui appréciaient leur présence et à la place elle-même qui pouvait en sortir changée. Alors il ne s’agit pas forcément d’un problème de non-culture, d’incompréhension qu’il s’agit d’une œuvre artistique. D’ailleurs les personnes que nous avons interceptées se sont arrêtées tout de suite. Il s’agit surtout de faire primer ou non l’intérêt particulier sur un intérêt général pas forcément clairement identifié ce qui, lorsqu’on a la faim au ventre, est bien plus délicat. En somme, la scénographie urbaine du réseau en fil a éprouvé les besoins et les mœurs des acteurs locaux qui s’approprient la place Echaurren et ce qui y traîne.

Expérimentations et approfondissement des derniers jours

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Avec Victoria qui formule notre objectif ainsi « donner un nouveau souffle à l’espace », nous relançons les invitations et, grâce à certains habitants de la place avec qui s’est nouée la confiance au fil des discussions et de l’atelier du samedi, nous parvenons à recréer un réseau en fil sur la place. Le soutien indéfectible du responsable et de l’ouvrier qui repeignent bancs et poteaux s’affirme lorsque l’ouvrier repeignant un poteau où sont accrochés de nombreux fils commence à les enlever à contre-coeur mais se ravise suivant l’indication de son responsable et au contraire élève les fils au sommet du poteau dans une zone non à repeindre. Cette action rappelle fortement celle des électriciens à Comas, Pérou, présents sur le site du réseau en fil pour changer un câble et qui ont accepté de hisser des fils très haut sur les poteaux. Nous mentionnions dans l’article sur le Pérou la méthode que nous élaborons pour imaginer à partir de scénarios réels, combiner les actions de l’ouvrier peintre et des électriciens permet d’imaginer un réseau en fil au Guatemala monté par des élagueurs à cinq mètres qui pourrait relier le parc au Conservatoire en face et servir pour accrocher des affiches invitant aux cours et concerts prévus dans le parc.

Nous expérimentons et enregistrons des bruits de sphère en partant de l’idée d’un passant qui a l’idée de tirer sur les fils à l’intérieur de la sphère-circuit pour en écouter les différents bruits. Nous expérimentons aussi la possibilité de rentrer dans la sphère de la fontaine, de s’y allonger, d’y tourner, d’en sortir, de la traîner en courant…puis nous découvrons une marionnette à partir d’un tas de fil qui représente pour l’une un tyrannosaure et pour l’autre une chèvre…Pour les autres personnes sur la place, les rôles s’inversent, ce sont nous les acteurs et eux qui observent. Leur inattention rappelle celle du Costa Rica mise en exergue par le volontaire étudiant caméraman d’une performance du Collectif Hijas de Margarita : « Ce qui me surprend c’est à quel point cette inattention est forte et ne peut être que volontaire ». On l’a dit plus haut, la majorité des personnes ne s’assoit pas sur le cercle de bancs autour de la fontaine mais plutôt dos à elle ou de l’autre côté de la place à une dizaine de mètres. Elles préfèrent l’ouverture sur la rue que le cercle fermé, intime, autour de la fontaine. Les personnes assises ne prêtent quasiment aucune attention à notre manège, leur routine est trop forte face à notre tentative. Quelques passants regardent rapidement, enfin un enfant vient jouer à la marionnette comme une métaphore du mouvement du réseau en fil, où lorsque l’on tire sur un fil l’ensemble bouge, qui empêche son invisibilisation complète par la routine.
Le lendemain, avant-dernier jour, sur un mur face à la fontaine, nous découvrons un drap blanc de deux mètres par un mètre cinquante avec écrit : « Marlen, te queremos » (« Madlen, nous t’aimons ») et en dessous un dessin de coeur ! Erreur dommage d’une lettre, mais le message passe ! Dans la même veine, le lendemain un enfant dresse le portrait de Simon et le suspend au fil avec les dessins de Victoria Frenak. Ces deux formes de reconnaissance nous touchent, en particulier la première qui est collective et très visible.

Nous entrons aussi dans la phase de recherche d’entretiens, et une femme nous invite chez elle pour s’entretenir avec son compagnon de l’histoire du quartier, et peut-être nous jouer une « Cueca », type de morceau du quartier. L’immeuble est en ruines. Un tremblement de terre il y a deux ans a écroulé nombre de plafonds et planchers et son aspect bourgeois avec. L’escalier, un couloir où l’on marche sur des planches entre le vide, des pièces mortes avec seulement le papier peint jauni, quelques meubles en pagaille et déchets. Nous entrons dans leur pièce, coquette, y réalisons l’entretien qui porte surtout sur le « glorieux passé bohème » du quartier. Dans son environnement glacé par le temps, elle soutient « moi je suis heureuse, je suis pas triste ».Victoria raconte : « elle était très théâtrale, très enthousiaste, elle a énormément donné. Je m’attendais pas à ce que les gens s’ouvrent à ce point là, j’ai été très surprise ».

Autre jour autre visite, la dernière nuit, suite au démontage Jorge insiste pour nous montrer où il vit quand il ne dort pas sur la place « une maison de bois et de plastique » répète-t-il. A quelques dizaines de mètres de la place, un terrain vague. Une chaîne non fermée, nous rentrons et à l’intérieur il y a une cabane faite de planches de bois, les vides étant comblés avec des rideaux. Deux hommes y écoutent de la musique sur une chaîne hifi bricolée avec une télévision, nous explique notre hôte qui vit de recyclage, il a aussi un ordinateur et des lampions colorés. Il accorde une place importante à un attrape-rêves fait de nombreux fils colorés. Il se montre très accueillant et nous explique qu’il est « un drogué », il assume, mais pas une « mauvaise personne ». Il nous rassure en même temps, car nous avons les caméras et de l’argent sur nous. Il nous invite à filmer pour documenter. La discussion tourne autour du recyclage, de la récupération, puis Jorge nous montre l’extérieur, les herbes folles et les graffitis sur les murs. Beaucoup d’émotion face à une telle chaleur dans la précarité extrême, et des adieux fraternels.

En replongeant dans ces deux incursions dans des maisons, nous repensons à la phrase d’un collègue d’Arep, Franck Alvarade, qui quelques jours après le pilote à Paris nous a dit, « le fil disparaît, les liens restent ». Nous avons fait l’expérience place Echaurren de relations quotidiennes ayant tissé des liens entre les fils qui nous ont mené hors de la place vers l’autre habitat de deux de ses habitants. Si les fils n’ont pas dépassé les limites de la place, ils nous ont ouvert des portes en dehors. La fête de démontage est aussi l’occasion de tisser des liens entre des personnes qui ne se connaissent pas et n’auraient peut-être jamais été amenées à se connaître.

Démontage, brassage et valorisation du patrimoine commun

Nous avons beaucoup communiqué pour faire de cette fête un moment de brassage social et de rencontres, avec des interventions artistiques. Lors de 5 émissions de radio (Valentin Letelier, Viña FM, Casa Abierta, Radio Placeres, Radio de la Matriz), nous avons répété la date et les invitations pour le jeudi 11 octobre à partir de 18h. Nous tenions à débuter la fête de jour pour surmonter le sentiment d’insécurité de nos invités. Aucun artiste ni public de la radio n’est venu place Echaurren, seul le présentateur de deux des émissions, Claudio Mardones, est venu le samedi. Outre le peu d’intérêt pour le projet, la mauvaise réputation de la place explique sans doute cette faible participation d’acteurs du reste de la ville. Mais les commerçants alentour, membres du groupe qui travaille avec Sercotec, ont offert de la nourriture et des boissons sans venir partager ce moment. Nous avons dit en introduction que le mouvement de dynamisation du quartier ne cherchait pas à évincer les habitants de la place, ces dons en sont la preuve.
De plus, une famille d’amis vivant à Santiago est aussi venue le samedi et a créé plusieurs connexions, avec le fil, mais aussi sans le fil, en discutant tranquillement avec les habitants. Le jeudi pour la fête de démontage notre hôte vivant dans un quartier aisé à l’autre bout de Valparaíso nous fait le plaisir de venir accompagné d’une amie. Et il reste jusqu’à 23h à prendre des photos, passer de la musique, faire danser et danser avec son amie et des habitants de la place. Ils incarnent le brassage social que nous espérions, avec aussi trois étudiants de l’Université d’architecture et de design où nous travaillions. Curieux, ils ont aussi échangé avec les acteurs locaux.

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© Diego Fredes

Un exemple d’échange : une jeune femme surnommée « Chiquitita » que nous connaissons depuis quelques jours annonce au groupe d’étudiants de l’Université qu’elle va réciter les jours de la semaine en anglais : « lundi, mardi, jeudi, vendredi. » On lui dit que c’est du français et qu’il manque des jours, elle répond simplement, « oui, avec la drogue, j’oublie », désamorçant la stigmatisation. Elle enchaîne par un tour de passe-passe avec le fil, que lui a appris sa grand-mère. Un brin de nostalgie affleure lorsqu’elle dit « j’avais une guitare, je ne l’ai plus ». Elle plie le fil, le fait couper par un spectateur, met une extrémité dans chaque main, passe les fils dans sa bouche et ils ressortent unis. L’effet bluffant marche à de nombreuses reprises sur différents publics qui s’exclament, rient, ébahis…ensuite devant le policier elle n’y arrive pas.

Ce n’est pas la seule à démontrer un talent grâce au fil, plusieurs hommes anciens marins sont venus nous aider à démêler le fil et à l’enrouler sur le coude en nous montrant comment procéder, expliquant qu’ils l’ont fait tous les jours pendant de nombreuses années. Un autre marin, plus jeune mais qui est tombé dans l’alcoolisme et ne travaille plus nous a tressé à chacun un bracelet tout en discutant un bon moment. Un autre aujourd’hui sur béquilles nous explique et montre à quoi sert ce fil : à faire des lignes de pêche. Mentionnons aussi l’ « atelier » du samedi où l’homme en charge des nœuds était ivre et nous a confié qu’avec cette activité il arrêtait de boire pendant un moment. C’est déjà ça, que le projet permette aux acteurs locaux de mettre entre parenthèses leur addiction pour se rappeler, tirer de la fierté de leur compétences, et mettre en valeur ensemble le patrimoine marin de la place Echaurren.

Le démontage en lui-même a été plus violent que pour les interventions précédentes, certains ont sorti un couteau pour couper les fils par exemple, et l’absence d’échelle empêchant de défaire les nœuds en haut des poteaux ; les fils étaient coupés/arrachés. Les utilités du fil nous sont longuement détaillées.

Hétérogénéité des habitants de la place révélée par le projet

S’il y a ce patrimoine commun, il y a également de fortes divisions entre micro-groupes sur la place. La vieille dame aux cheveux rouge a une maison qui a brûlé, il ne lui reste qu’une chambre. Elle se sent au dessus socialement que les autres habitnats de la place. Avec son amie au panier en osier, elles nous ont pris à parti au début de la fête. Nous avions posé boissons, fruits, pain et charcuterie sur la table et d’autres habitants se sont chargés de découper les fruits pour servir des verres colorés et de couper le pain pour y glisser la charcuterie.

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« Je n’en prendrai pas de ça. Vous les laissez toucher la nourriture avec leurs mains sales ? Je n’y toucherai pas ». En introduction, nous avions précisé que nous ne cherchons pas à homogénéiser la catégorie des « habitants de la place », que nous l’utilisions à des fins pratiques pour désigner les personnes que nous voyions tous les jours ou presque rester sur la place. Nous notons ici une division patente, une distanciation par deux femmes qui partagent leur quotidien avec ceux aux « mains sales », qui partagent une condition sociale de grande précarité, mais qui ne veulent rien avoir à faire avec eux. La métaphore de la saleté est bien connue pour stigmatiser des personnes pauvres dont on veut se distinguer. De plus, la symbolique de la convivialité par le partage de nourriture est rejetée.

Conclusion

Le réseau en fil de la place Echaurren a tenu ses promesses, la participation a été au rendez vous et a augmenté progressivement jusqu’à une appropriation créative du fil lors de la fête de démontage qui met en valeur les savoirs-faire des (anciens) marins et performe un brassage social. Le passé bohème et artistique de la place a aussi surgi par exemple quand un homme ivre a dressé le portrait précis de Victoria. Un pêcheur nous le pointe du doigt quelques jours plus tard, « Ce vieil homme peint merveilleusement bien, comme Picasso…Mais qu’est ce que tu peux faire ? »
Le réseau en fil est un outil d’urbanisme qui ne cède pas au fatalisme, en particulier face à l’événement du vol du réseau et d’une sphère. Jorge dont nous avons visité la cabane nous réconforte « Ce n’est pas la fin du monde ». Évidemment, ce n’était même pas la fin de l’expérimentation qui a pris un nouveau souffle avec plus de recul et de réflexion que notre concentration de l’avant-vol sur le développement du réseau. Le vol nous a rapproché de certains habitants de la place qui ont participé activement pour reformer le réseau en fil puis pour le récupérer lors de la fête de démontage. Solidaires de notre problème comme nous le sommes du leur, toutes proportions gardées, nous avons tissé des liens forts avec des habitants de la place. C’était la première fois que nous passions autant de temps avec les même personnes lors d’un réseau en fil, un des résultats est donc notre forte inclusion dans le réseau des habitants, avec le fil et notre présence quotidienne. L’extension du réseau en fil a été limitée à la place, mais nous avons tissé des liens qui nous ont permis de dépasser cette limite en sortant de la place pour connaître l’autre habitat de ceux que nous avons appelé ses habitants.
Nous espérons revenir pour une exposition qui poursuit le même objectif de changement de perception de la plaza Echaurren aux yeux du public de l’exposition, et de rencontres entre ce public et les acteurs du réseau en fil que nous inviterons à l’exposition. Elle traitera de l’ensemble des réseaux en fil réalisés.
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Diaporama photo

Préparation

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3 octobre, Valparaíso, 1er jour

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4 octobre, Valparaíso, 2ème jour

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5 octobre, Valparaíso, 3ème jour

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6 octobre, Valparaíso, 4ème jour

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7 octobre, Valparaíso, 5ème jour

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8 octobre, Valparaíso, 6ème jour

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9 octobre, Valparaíso, 7ème jour

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11 octobre, Valparaíso, 8ème jour

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Liens externes :

Radio Vina FM, émission du 8 octobre : https://bit.ly/2Swo9hJ

Radio Placeres, émission « A buen puerto » du 29 septembre : https://www.dropbox.com/s/54fvgm5ayby1ti0/ABP_180929_masi.mp3?dl=0

Radio la Matriz, émission « Ven a conocer mi barrio » du 4 octobre : https://www.facebook.com/2147581975527960/videos/2270120609940934/

Vidéos : « Local actors on the urban stage » : https://vimeo.com/307998631
« A kite in the city » : https://vimeo.com/307998564
« El Cantador » : https://vimeo.com/308568480
Toutes les vidéos sont sur notre page Vimeo : https://vimeo.com/collectifmasi et, à partir du jour 7, sur notre 2e page Vimeo : https://vimeo.com/collectifmasi2

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