Bogota, Colombie : 7 février – 17 février 2019


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« Abre los ojos » Dessin et message accroché aux fils
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1/ Le réseau en fil en chiffres

2/ L’affiche du projet « Red de hilos en el Park Way »

3/ L’article sur le projet « Le Réseau en fil du Park Way à Bogota »

4/Diaporama photo


5/ Liens externes : Vidéos, articles, inspirations…

Le réseau en fil en chiffres :

3 sites potentiels d’expérimentation avant le choix du Park Way
7 jours d’intervention entre le 11 et le 17 février
2 sculptures-bobines avec 2 km de fil le 1er jour, 1 sculpture-bobine avec 1 bobine de fil à partir du deuxième jour
4 plaintes, deux de la police et deux de voisins
1 danseur 1 violoncelliste 4 graffeurs enflamment la fête de démontage
1 conférence et expérimentation du réseau en fil dans une école alternative

L’affiche du projet Red de hilos en el Park Way

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L’article Le réseau en fil du Park Way de Bogota, 11 – 17 février 2019

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Introduction : Conflits et choix du site

Bogota, Colombia !
Freestyle quasi-total car notre hôte nous abandonne la veille de notre arrivée : exit notre partenariat – financement, choix du site, hébergement. Faculté d’adaptation salvatrice, Madlen appelle des amis de longue date, de son master à Madrid en 2010, qui vivent à Bogota. Ils nous hébergent. Nous naviguons alors entre plusieurs rendez-vous et possibilités d’intervention, deux nous retiennent d’abord l’attention.
Les étudiants sont alors en lutte pour défendre la gratuité de l’enseignement supérieur. Un professeur de l’Université nationale de Colombie impliqué dans ce mouvement social nous propose d’intervenir en pleine manifestation, de sorte que les étudiants réalisent un réseau en fil sur leur passage, métaphore à la fois de la densité des liens entre eux et de leur inscription dans l’espace urbain.
Nous rencontrons aussi deux leaders des Forces Armées révolutionnaires Colombiennes (FARC), devenus anciens combattants avec l’accord de paix signé fin 2016. Accord qui ne met pas fin à la guerre selon eux, puisque nombreux anciens combattants sont assassinés depuis. L’accord prévoyait qu’une œuvre d’art soit créée avec les armes restituées par les FARC, l’artiste Doris Salcedo a choisi de les fondre, de les mouler en un carrelage martelé par des femmes victimes de violences sexuelles pendant la guerre. Un musée nommé « Fragmentos » est ouvert pour accueillir l’oeuvre, une maison en ruine au centre ville de Bogota. Foulant ce sol noir et regardant la vidéo des armes des FARC, rendues, fondues et martelées par des femmes racontant les violences subies, nous avons été bouleversés. Là sera le réseau en fil, sur un site dédié à la paix par le dialogue. Le premier des FARC que nous rencontrons nous livre son point de vue : la paix signée, ce ne fut que les FARC qui rendirent leurs armes, pas de désarmement des milices paramilitaires aux liens troubles avec l’État et responsables de l’écrasante majorité des violences sexuelles. Il était convenu qu’une œuvre d’art dédiée à la paix soit érigée selon un processus décisionnel commun. Or selon notre interlocuteur le gouvernement décida unilatéralement de confier cette œuvre à Doris Salcedo pour le protocole décrit. Et fondre des armes, que les guerilleros ont brandi comme l’emblême d’une lutte politique, pour eux c’est une humiliation. « Raison de plus » selon nous pour un « Red de hilos en Fragmentos », nous montons le projet avec l’appui institutionnel d’une autre importante responsable FARC que nous rencontrons accompagnée de ses gardes du corps.

La Colombie est un pays marqué par les conflits internes, armés ou non. Nous l’avons éprouvé dans la démarche même du choix du site du réseau en fil donc avons cherché à le prendre à bras le corps. L’idée est de combiner un réseau en fil créé par la marche des étudiants et un réseau en fil dans le musée Fragmentos co-créé par les FARC et le public. Des FARC seraient invités à s’exprimer pendant l’expérimentation d’une dizaine de jours.

Ce projet n’a pu aboutir. Les marches ont été annulées pendant les vacances, les étudiants ayant déjà obtenu gain de cause. Malgré tous nos efforts et ceux de nos alliés FARC, l’intervention dans le musée n’a pas été possible puisqu’il y a précisément un concours dans six mois pour y intervenir.

Ensuite nous avons pu rencontrer des leaders d’un quartier populaire à la périphérie de Bogota. Nous abordons le thème de la guerre et de la paix, le leader de la partie basse du quartier répond qu’ils sont peu affectés, la leader de la colline s’exclame : «Nous, si ! Beaucoup d’anciens combattants sont venus s’installer dans le quartier ». Dans une discussion avec le couple d’amis de classe moyenne supérieure qui nous héberge dans un beau quartier nous posons la même question et ils nous répondent qu’à part des routes bloquées en campagne éloignée ils n’ont eu aucun rapport quotidien à la guerre. Ce différentiel d’impact de la guerre sera un axe central du réseau en fil à Bogota.

Un autre rendez-vous avec un jeune urbaniste nous suggère de travailler au Parkway, un parc épousant la forme d’une avenue dans un quartier chic et culturel du centre-ville. Nous décidons d’y aller, et d’inviter des acteurs de la périphérie à intervenir. C’est l’inverse de notre choix habituel de site, périphérique, populaire, où nous invitons des personnes de quartiers plus favorisés.
La question qui se pose est alors de savoir comment se concrétisera cette ambition et comment peut se créer un réseau en fil dans un quartier chic et sur un site de passage, tout en longueur.
Nous commençons par obtenir un permis de l’IDU (Institut de développement urbain) où il est précisé que l’intervention ne doit pas gêner le passage – sujet important.

Préparation

Abandonnés par notre hôte initial nous avons dû improviser pour la préparation. Grâce à un étudiant de l’Université nationale qui avait participé au réseau en fil à Sao Paulo où il était en échange, et dont la mère est professeur de sociologie urbaine nous tenterons d’obtenir financement et atelier de son université. Sans succès. Nous y allons cependant pour une conférence-recrutement de volontaires, et cette professeure participera activement en plus de nous héberger.
Le financement sera de notre poche et l’atelier la maison des parents de nos amis. Un contact dans l’association des recycleurs nous permet de récupérer des matériaux à moindre coût.
Au moment de la préparation des sculptures-bobines nous pensons encore participer à une marche étudiante. D’où l’idée de fabriquer une sculpture mobile, que les étudiants pourront pousser comme un char de manifestation. L’autre sculpture étant légère, aérienne, pour être brandie lors de la marche. Elle représente un oiseau – une colombe – entre deux cages, en phase de se libérer en faisant vaciller la cage supérieure.

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Le fil est choisi dans le quartier des artisans de Bogota, où nous le trouvons à très bon marché, nous prenons des nuances de bleu comme la paix et jaune comme la joie.

Le site

Sa fréquentation est importante à heures précises qui suivent les habitudes du quartier, jogging et chien tôt le matin, pause déjeuner le midi, de nouveau chien en fin de journée, retrouvailles entre amis jusqu’au soir. Les nombreux restaurants (burgers, mexicain, suisse, végétarien, indien…) et les deux théâtres font du micro-quartier un important lieu de sortie pour les classes moyennes et supérieures de Bogota. Comme le parkway est aussi un espace public calme en journée quelques SDF viennent s’y reposer, mais aussi des travailleurs précaires comme des livreurs à vélo (quasiment tous vénézuéliens) ou des vendeurs ambulants.
A intervalles réguliers pendant la journée passent le long du parc des recycleurs avec leur carriole tractée à la main soit très remplie soit vide : l’avenue est sur le chemin du quartier des recycleurs en centre ville, où ils vendent carton, métal etc. au kilo.

Tout en longueur, le plan du parkway est simple. Un sentier central, asphalté sur lequel roulent aussi trottinettes et vélos et duquel partent petits sentiers de terre entre les arbres. Il est ponctué de bancs et de petites « places » carrée ou rondes. Celles-ci, ornées sur leurs côtés de bancs, sont vides au centre. Afin d’interrompre la routine du parc, de susciter des rencontres entre les différentes catégories d’usagers du parc, il nous semble logique de positionner une sculpture sur une de ces places, attirant l’attention, les discussions, la participation.
L’autre sculpture, qui roule, est positionnée à une trentaine de mètres, dans l’herbe au bord du chemin.

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Si nous l’avions positionnée au milieu elle aurait exactement « gêné le passage » et nous aurions eu des problèmes avec la police, dont un poste est placé à 50 mètres de notre sculpture. Ils sont venus contrôler notre permis dès la fin du montage et sont revenus au milieu de l’intervention suite à des plaintes de voisins quant aux fils. En particulier le président de l’association des promeneurs de chiens, inquiets pour leurs amis canins car si les fils laissent le passage à hauteur d’homme sur le chemin, entre les arbres sur l’herbe certains fils sont laissés plus bas.
Pour nous cette sculpture sur roulettes pourrait être tractée par les acteurs et embrasser la longueur du parc.

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Expérimentation
Montage

En fin d’après-midi, le montage achevé, de nombreux passants croisent du regard les sculptures, seule une petite minorité s’arrête, demande ce que c’est et seulement alors participe. Ils sont plutôt jeunes et empreints d’une certaine timidité, aussi du fait du regard muet des passants. Telle cette jeune femme nous abordant par « je voudrais le faire mais je ne sais pas comment » puis nous demandant pour accrocher le fil : « ça doit forcément être là-bas ? ». Tel aussi un jeune couple à la mode qui prend cinq minutes pour décider où accrocher le fil avant de se lancer.
Deux jeunes hommes, l’un avec des dreadlocks chef d’un restaurant végétarien voisin, l’autre au jean déchiré à peine arrivé du Venezuela, s’arrêtent pour discuter et comprendre le projet. Le jeune vénézuélien déroule beaucoup de fil sur place, puis part tresser avec les fils de l’autre couleur déjà accrochés. Son nœud se défait à plusieurs reprises, il recommence patiemment. Quand il finit, il sourit jusqu’aux oreilles, court et saute. Rarement nous aurons vu quelqu’un d’aussi heureux d’avoir participé.

Le soir a lieu une scène époustouflante. Un homme en jaune enlève sa veste, s’empare d’un fil jaune de la statue-oiseau et tire, fort, dessus. Il l’enroule autour de sa taille. La statue est amarrée aux arbres donc en se penchant il la bascule sans qu’elle tombe complètement, les forces s’équilibrent. L’homme est suspendu à la sculpture qui est suspendue à l’homme. Grâce aux fils lorsque l’homme bouge la sculpture le suit et lui répond avec son poids. A un moment il se rapproche de la sculpture, met sa tête dans le cône de plastique rouge comme un chapeau, s’assoit dessus

il
écarte les bras regarde autour de lui – salue un public plutôt réduit
la monte pour quelques va et vient
son lacet gauche est coincé avec le fil
il
envoie valser ses chaussures, se met au sol
danse avec banc invente positions
sa boucle de ceinture s’emmêle à un fil

Pause le temps d’un court entretien : « Je suis entré en crise. Attaché, je me suis suspendu, j’ai senti une résistance, comme une lutte. C’était une danse de la résistance, de la lutte avec l’installation mais aussi avec ce qui est installé de façon permanente, arbres bancs poteaux, avec l’air, avec les regards des gens ». Il conclut « Merci à vous, c’est un cadeau incroyable ! »

Puis un vieil homme à la casquette rouge tire un fil, s’en enroule puis inclut dans sa boucle le pied du compagnon du danseur et le bras de ce dernier. Lequel se lève et danse avec lui. Ils font entrer deux passantes surprises dans leur boucle de fil.

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Les fils à différentes hauteurs bloquent le passage à trois personnes sans les incommoder, puis à d’autres personnes qui se plient au parcours avec de drôles de gestes d’évitement des fils. Nombreux font le tour.

S’ensuit une 2e phase où il danse avec la sculpture, poursuivant son appropriation.

Un jeune couple justement assis sur un banc de la placette observe la scène avec intérêt muet.
A l’issue de la danse spontanée une discussion s’ouvre entre nous, ce couple, le danseur et son homme. Ce dernier est professeur de sociologie à l’université, tandis que le couple est aussi doté en capital culturel.

Michi, lui, enseigne la danse dans une école-collège alternative F.A.C.E. Il nous y invite pour donner une conférence et permettre aux enfants de réaliser un réseau en fil.
Les enfants viennent de milieux favorisés de la périphérie de Bogota et selon Michi, ils ne viennent pas dans le centre et ne connaissent pas « cette Colombie-là ». Il s’agirait d’une ouverture pour les professeurs aussi.

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C’est notre conférence là- bas qui suscite le plus de questions, chez des enfants curieux habitués par la politique de l’école à participer aux cours. Ensuite, pendant une heure dans leur espace de jeu avec toboggan etc. ils ont déroulé avec frénésie la bobine confiée pour leur réseau en fil, inventant de nombreux jeux avec, reconfigurant l’espace…qui est resté tel quel plusieurs jours et cadre pour les cours d’expression corporelle suivants.

Disparition et défi

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Au matin du deuxième jour, surprise oiseau envolé ; sculpture vandalisée seul le plastique reste au sol. Les bobines de fil de la grande sculpture ont été volées. Les fils ont été décrochés de tous les arbres autour des deux sculptures , ce qui donne des fils au sol de toutes les couleurs. Simon photographie la « scène du crime » telle quelle, témoignage esthétisé d’une forte tristesse. Cela dit vandalisme et vol sont des résultats intéressants donnant lieu à une enquête. Nous interrogeons les participants de la journée et même la police, quasiment tous accusent les recycleurs, friands du métal et de tout matériaux dans la rue. Nous arrêtons alors quelques recycleurs qui passent par l’avenue, à la fois pour demander s’ils savent ce qui s’est passé, pour leur expliquer ce que c’est que ces structures avec les fils et pour les inviter. Aucun ne participe.

Pendant ce temps-là, le parc accueille un cours de « telas » le tissu suspendu à un arbre pour des acrobaties circassiennes, et un cours de yoga.

L’après-midi, un groupe de 4 jeunes s’empare spontanément des fils et, statiques, déroulent ensemble une grande quantité. Nous filmons sans rien dire, Madlen prend peur d’un éventuel nouveau volet demande ce qu’ils comptent faire. Réponse : «comme le fil est long, l’amarrer le plus loin possible ».
En mouvement collectif, ils gênent le passage sans créer de problème, quand ils le peuvent ils hissent le fil au dessus des têtes sinon les passants le font eux-mêmes. Ils nous expliquent chercher à restreindre le passage, gêner la personne qui est au téléphone et indifférente à son environnement.
Ils palpent les arbres à la recherche de points d’accrochage. Au retour une des jeunes femmes suit ce fil d’une caresse de la main, signe d’une sorte d’affection. Un jeune homme accroche une peluche à la sculpture!
Spontanément, ils sortent alors bloc de papier et stylo de leur sac, les posent sur la sculpture après avoir écrit « trapitos sucios » mot à mot « linge sale », qu’ils indiquent ainsi : « quelqu’un est incommodé par quelque chose, l’écrit et le suspend » ou « une vérité qui me rend triste ». Ils accrochent les premiers messages dont «Leviathan, Hobbes ».

Justement arrive notre hôte professeure d’université, elle reprend le fil suspendu le remonte ; tresse avec le fil emmêlé une fresque entre la sculpture et une sorte de trognon d’arbre mort à dix mètres. Nous lui proposons les ciseaux pour lui faciliter la tâche mais déclarant aimer le démêlage qui la détend, elle refuse.

Le soir le groupe de la danse de la veille revient avec des amis qui tracent une forme au sol, fabriquant des clous avec des bouts de bois pour amarrer le fil. Leur œuvre achevée nous voyons le coeur dessiné !

Pour éviter la mauvaise surprise de la nuit précédente, nous obtenons de garder dorénavant la sculpture dans le restaurant en face, son long couloir d’accès lui servant de parking.

Messages

Un groupe d’une dizaine livreurs à vélo vénézuéliens s’approchent et participent. Effet de groupe, d’habitude du parc, de la présence déjà de nombreux fils et messages, nous sommes frappés par la sûreté de leurs trajets et accrochages de fils et messages comparée à ceux du 1er jour. En pleine crise politique à l’exposition internationale au Venezuela, ils expriment de nombreux messages politiques tels « Guaido président », mais aussi directement pour leur travail « sonne rappi », sorte de demande publique de commandes manifestées par une sonnerie de leur application Rappi.

Un duo d’adolescents au look rebelle s’arrête et ils partagent deux messages d’amour ; pour le skate l’autre pour la vie. L’un grimpe à un lampadaire pour atteindre une bonne hauteur de fil.

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Puis un professeur d’université accroche un message utilisant le réseau en fil contre la corruption : « Relions-nous contre la corruption »

Passe un groupe de trois hommes d’âge moyen, ils prennent le fil et font un long trajet, en profitent pour taxer une cigarette – s’arrêtent pour prendre une photo avec le réseau en fil.

Quelques vieils hommes s’approchent, ils lisent les messages, sans plus. La participation des personnes âgées est ici quasiment nulle.

Dans le parc au cours de la semaine nous ne verrons qu’une poignée d’enfants, de 3 à 7 ans accompagnés de leurs parents ils insufflent une joie qui leur est propre lors d’une parenthèse famille, le 6e jour samedi.
La famille qui nous hébergeait lors de la phase de préparation vient. Mère et fille partent fil et tournesol à la main, appellent le père à la rescousse pour amarrer. Il demande l’assistance pour tenir et prendre les ciseaux, fait le nœud. Un travail d’équipe. Sans oublier l’arbre où le fil est amarré, auquel la mère enjoint sa fille à faire un câlin.
Signe d’harmonie sociale, les parents rencontrent deux amis à eux en plein jogging.
Ensuite un père et son fils accrochent le tournesol girouette aux fil. La joie du petit garçon renvoie à l’absence en général des enfants dans le parc. De même plus tard une petite fille et ses parents interviennent. Le lendemain un enfant grimpe sur la sculpture.

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Le soir, un vendeur de café à vélo s’arrête et nous discutons. Il analyse le projet qui permet de s’exprimer et note la prévalence de messages liés aux Venezuela qu’il attribue à des vénézuéliens. Il nous donne des conseils : imprimer une affiche plus grande, inviter les passants pour qu’ils comprennent et participent. Il invite deux passants et explique le projet.

Paix et violence

A notre arrivée le matin du quatrième jour dans le parc, un homme est endormi sur une souche.

Suite à notre réunion dans un quartier populaire périphérique où le thème de l’impact de la guerre sur la vie quotidienne était ressorti, nous avons invité un groupe de femmes à participer. Viennent une mère avec sa fille de 18 ans et une autre jeune « leader » comme elle se présente elle-même. Elles mènent un projet « graffiti tour » où des touristes sont invités à découvrir sur les murs les peintures des jeunes artistes du quartier. L’objectif de valorisation est en quelque sorte interne et externe. Interne car les artistes s’expriment ainsi de façon collectivement décidée ce qui valorise des graffitis souvent interdits. Les habitants du quartier y trouvent pour la première fois un intérêt esthétique, ce qui change leur regard, leurs pratiques notamment vers plus de soin moins de déchet. Cela va de pair avec la valorisation externe par le regard des touristes, qui permettent aussi un développement économique du quartier via commerces, restaurants et hôtels.

Elles écrivent tout de suite un message. Nous donnons le thème « paix », issu de la réunion citée plus haut où la femme leader a déclaré que son quartier est marqué par la guerre du fait de l’installation d’anciens combattants. Première personne à Bogota et fait rare lors de toutes les interventions, elle signe son message (sur la paix et l’entraide) !
Un homme passe et lance « pour qu’il y a la paix nous devons tuer ». Des regards s’échangent avec violence.
Un homme clochard tout en rouge arrache le message de la mère, le lit le jette par terre. Elle le regarde passer, médusée.
Sa jeune collègue le réécrit pour le ré-accrocher.
L’autre jeune femme (18 ans) explique son propre message. La guerre lui génère de l’indignation. « La Colombie est un pays résilient. Le mal c’est gris, le mal n’a pas de couleur. La guerre c’est triste mais nous sommes capables de changer nos réalités, quand on donne de la couleur on donne de la vie aux choses. Les accords de paix c’est un important pas en avant, c’est important qu’il y ait toujours du dialogue et de l’espoir »
Nous lui demandons si elle voit la ségrégation urbaine comme un obstacle à la paix. Elle répond : « oui les gens s’encapsulent dans leurs cercles sociaux. De mon expérience il y a une intégration, dans ma commune la communauté se réunit pour faire des événements et discuter de différents thèmes. Ce froid je ne le sens pas trop. »

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Elle commente son dessin d’yeux ouverts soulignés par « Abre los ojos » (« ouvre les yeux ») sur la corruption du gouvernement qui ne prend jamais en compte les besoins des gens. Au contraire elle apprécie « l’activité pour s’exprimer, elle m’a donné de l’espoir, permis d’apprendre les différentes opinions des gens. »

Drôle de hasard, intervient alors un voisin membre du comité vécinal du Parkway. Comme si le parc était à lui, il soutient que personne n’a le droit de faire une intervention. D’autant que selon lui « ce genre d’activités surréalistes éloignent les gens d’une réalité, de la réalité que nous avons, c’est la même, libre à toi de la prendre autrement mais c’est la même » – la jeune artiste n’est pas d’accord, elle soutient qu’il y a plusieurs réalités.
La désapprobation est aussi marquée par ce couple bourgeois :

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L’autre jeune femme a partagé un message au sujet de l’indifférence qui se voit « Dans tous les pays. Elle est très forte ici en Colombie comme on peut le voir dans des activités comme celle-là les gens s’impliquent peu dans des questions qui nous concernent tous. Pour y répondre nous devons partager plus, apprendre et faire plus que des activités, des actes. »

La troisième femme, la cinquantaine, transmet une vision de la paix comme un horizon d’union, or dans les années 1970 il y avait déjà la guerre dans certains lieux. Elle se rappelle l’époque de Pablo Escobar, des bombes partout et des gangs. Elle note la distinction ville/village : « Mais la guerrilla nous a moins touché en ville que dans les villages là où elle a lieu. Les citadins ont beaucoup d’indifférence pour le village, ce sont des réalités très différentes. »

Elle compte refaire l’activité dans sa communauté lors de son festival, car « elle unit des pensées des sentiments qu’elle permet de faire sortir. Souvent les gens ont peur de s’exprimer. Ca c’est quelque chose de nouveau qui le permet. » Nous restons donc en contact en espérant que se concrétise ce projet de festival avec un réseau en fil.

Dans une optique analogue de pérennisation de notre passage à Bogota, vient l’après-midi le collectif de notre hôte pour nous filmer de façon professionnelle. Ce film sera à la fois une belle carte de visite pour nous et pour eux. Pendant ce temps deux étudiants du groupe accrochent des fils enjoués entre bancs et arbres, poteau et arbre etc.
Un jeune homme lance des coups de pieds de kung-fu plus haut que sa tête et plus bas que les fils.

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Sculpture à roulette, nous l’emmenons en promenade le long du parkway sur l’avenue rendue piétonne le dimanche. Elle roule parmi les vélos, bicyclettes, dans une ambiance familiale.

Fête de démontage

Après une grosse pluie de fin d’après-midi, la fête rassemble une dizaine de participants d’univers différents ainsi que trois thésardes en sciences sociales venues observer et s’entretenir avec nous sur notre travail. De nombreux passants s’arrêtent momentanément profiter du violoncelle et de la danse, avec
la douce lumière du soleil déclinant après la pluie. Le danseur fait entrer les passants dans la danse. Il prend l’une par la main et ils font le tour d’eux-mêmes ensemble, il porte l’autre sur les épaules, serre la main d’un troisième, quatrième qu’il emmène sous les fils…puis il tombe sur un danseur ! Ensemble ils pratiquent la danse contact : ils font tous les mouvements qu’ils veulent à condition de garder un point de contact entre eux deux.

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En parallèle, les leaders du quartier périphérique San Cristobal del Norte sont revenues avec deux jeunes hommes pour peindre sur une banderole « Hip-hop » et un «Somos vida » au pied d’un arbre entouré de fils : c’est le lien entre un « nous » inclusif porté par le projet et la « nature » plurielle représentée par un arbre.
Les deux familles qui nous ont hébergées sont là et apportent du guacamole, tandis que notre porte à porte auprès des restaurants aux alentours a porté ses fruits chez un restaurant végétarien et un restaurant indien qui offrent une dégustation.
La fête s’étale jusqu’à la nuit, où la panne de courant des lampadaires rend le démontage plus secret et atomisé. Vu que l’essentiel des fils avait été volé il n’y a que l’équivalent d’une bobine de 200 mètres à démonter et récupérer pour les participants.

Le jeune homme spectateur du danseur du 1er jour, revenu depuis plusieurs fois, enroule un fil autour d’un arbre et entend le laisser « Je me sentirais vide s’il ne restait rien de vous ici. et je pense que ça plairait au parkway aussi ».
La fête s’achève par la joie du recyclador qui plie la sculpture dans sa carriole qui l’avale telle une baleine. Il s’éloigne dans la nuit.

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Diaporama photo

11 février 2019, Park Way, Bogota – 1er jour du réseau en fil

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12 février 2019, Park Way, Bogota – 2ème jour du réseau en fil

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13 février 2019, Park Way, Bogota – 3ème jour du réseau en fil

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14 février 2019, Park Way, Bogota – 4ème jour du réseau en fil

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15 février 2019, Park Way, Bogota – 5ème jour du réseau en fil

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15 février 2019, Intervention dans le collège alternatif FACE, Bogota

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16 février 2019, Park Way, Bogota – 6ème jour du réseau en fil

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17 février 2019, Park Way, Bogota – 7ème jour du réseau en fil

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