La poésie est ce qui existe entre les lignes, Lawrence Ferlinghetti

“Un réseau en fil dans le tissu urbain” est un projet de scénographie urbaine du Collectif MASI formé par l’architecte et scénographe urbaine Madlen Anipsitaki et le sociologue Simon Riedler. Il a été déployé pour la première fois dans la ville de Guatemala entre le 28 juin et le 7 juillet. Lui a précédé le 25 mai un pilote à Paris au siège d’Arep group et de SNCF Gares & Connexion, où il a permis rencontres et travail en équipe parmi les mille employés multidisciplinaires sous une forme ludique enchantant le lieu. Ces résultats ont ils été confirmés, infirmés, transformés lors de l’expérience de quatre semaines au Guatemala ?
Grâce à un partenariat avec l’université Rafael Landivar et le centre historique de la ville de Guatemala, le Collectif MASI à disposé de volontaires, de matériaux et de permis pour mener à bien le projet, en quatre phases.
1/ Préparation
Choix du site : le parc Santa Catarina
A distance, l’option choisie pour le réseau en fil était le Passage Rubio. Nous y avons élaboré un plan d’action avec position des bobines suspendues, structure centrale rotative, matériaux et budget. Elle n’a finalement pas été retenue suite au refus d’un propriétaire. Nos partenaires nous ont alors proposé un panel fort intéressant de trois lieux possibles pour le réseau en fil. Le centre culturel en face du centre historique, fourmillant d’activités culturelles accessibles à tous dans un palais avec un magnifique patio à l’intérieur. Lors de notre visite il y avait beaucoup de monde et de lumière, on nous en a vanté de plus la mixité sociale et la sécurité, tout le réseau serait à l’intérieur, avec fermeture la nuit et gardiennage. Le deuxième était une rue piétonne d’un quartier en gentrification avec bars branchés et bureaux high tech, arbres, banc et guirlandes de lampions. Le troisième était un petit square à la végétation abondante et peu entretenue, dont nous n’avons connu le nom que la veille de l’intervention…
Nous avons choisi ce parc dans le centre historique de la ville, nommé Santa Catarina.
Voici les plan du square actuel et passé. On comprend que le passage vers les maisons du coin a été bouché :

Situé à un angle entre deux rues avec beaucoup de commerces (en grande majorité des opticiens) et des stations de bus et de taxi de part et d’autre du parc, beaucoup de personnes y passent ou le contournent du fait de son danger présumé. Les voisins se sont plaints, lors de notre porte à porte de sensibilisation et d’invitation au projet, de la présence de délinquants et alcooliques s’accaparant le parc. Pour des raisons de sécurité et de protection, il y a de nombreux filtres (grilles de séparation) entre l’espace public et l’espace privé, entre le parc et les maisons adjacentes. Ces dernières regardent à l’intérieur, la vie évolue autour d’un patio central bien loin des barrières métalliques des façades. Le conservatoire national de musique situé en face n’a aucun lien avec le parc.
Concept du dispositif
Nous avons donc proposé un dispositif simple, ludique et coloré qui pourrait interrompre les routines des usagers du parc et enchanter le lieu. Ce dispositif consiste en des bobines de fil suspendues aux entrées du parc côté ville, côté parc et au milieu pour relier la ville avec le parc, et le parc avec la ville. Au milieu, à l’emplacement du buste du poète national José Batres Montúfar volé il y a quatre ans et jamais remplacé, nous avons créé une sculpture qui comprend aussi des bobines. Nous l’avons appelée « Yo pienso en ti » (« Je pense à toi »), du nom du poème, qui s’est avéré connu de toutes les classes sociales, de José Batres Montúfar auquel nous rendions hommage, insufflant ainsi un vent de poésie.
Des matériaux locaux et populaires
Les bobines sont fabriquées à partir de fils et de saladiers colorés d’usage domestique courant auxquels sont enroulés poèmes de J.B. Montúfar, piñatas et ballons traditionnels. La sculpture est entièrement formée de métaux de récupération assemblés à l’atelier de l’Université, elle contient deux bobines des fils parisiens qui seront mêlés aux fils locaux. Ainsi le concept de l’intervention est que tous les matériaux peuvent avoir une seconde vie après le démontage du réseau. Tout le monde nous disait que le lendemain de l’installation tout serait volé, nous avons profité de cette possibilité pour habiller notre sculpture avec des ballons, des tasses et des piñatas à la disposition des passants. Alors jour après jour, pour le plus grand plaisir des chapardeurs et spectateurs, il y en avait moins, la sculpture se transformait, se déshabillait jusqu’au métal nu.

La veille du montage, invitant le voisinage, nous avons reçu un excellent accueil, de la surprise et des remerciements de « faire quelque chose ici ». Par exemple cette voisine nous remercie et espère pouvoir expirer ses problèmes de voisinage avec le parc, indigents et ivrognes.
2/ Expérimentation
Bonjour, écueils et danse participante
Le premier temps est un « bonjour » avenant inconditionnel. Comme marque d’attention, de reconnaissance, un simple bonjour peut chambouler une interaction. Par exemple, un vieil homme déguenillé passe au milieu traînant les pieds, Simon dit bonjour, l’homme se retourne. Et sourit. Puis reprend sa route sans répondre. S’il s’était arrêté, nous serions passés à la seconde séquence d’interaction : la participation. Celle-ci inclut un ralentissement de l’allure, un arrêt, un coup d’oeil curieux vers les fils ou la sculpture. Nous avons proposé un dispositif qui prend vie au passage des personnes qui, dès le premier jour, ont déroulé les fils et créé un réseau matérialisé en les reliant, accrochant, entrecroisant aux éléments existants (arbres, bancs, grilles, portes, fenêtres…).
Les écueils du déroulement des fils, bobines bloquées, fil à couper, passage encombré..se sont avérés, rappelant les contraintes du pilote à Paris, des mines de créativité et d’invention. Respectivement, ils ont amené cette jeune fille à enrouler son corps autour du fil rouge pour lui donner plus de poids et débloquer la bobine et sa piñata, plusieurs hommes à scier le fil sur les barrières du parc, et un enfant et son père à compter 1,2,3 avant de sauter du banc pour franchir un fil vert ensemble. Cette question du passage est capitale, le fait que le réseau en fil ait été constitué à une hauteur variable avec de nombreux fils à 1m50 a donné lieu à ce qu’on a appelé une « danse participante » :
Passer par le parc, lever les yeux, toucher un fil en levant le bras, esquiver un fil en « limbo », rejetant la tête en arrière et non en se penchant, soulever un fil par devant ou par derrière, prendre une photo, lire ou accrocher un poème, dérouler un fil, discuter, dormir, danser, déclamer, délirer, déjeuner, défiler dans le réseau en fil…
Beaucoup nous demandent aussi « qu’est ce que cela signifie » et sont surpris quand on leur dit que l’installation ne vit que par la participation des passants, que le réseau en fil n’est pas une œuvre d’art inerte que deux artistes occidentaux en goguette auraient installée dans le parc.
Appropriations symbolique du réseau en fil
Nous avons souvent bricolé des réponses à cette question récurrente, « qu’est ce que c’est, qu’est ce que ça signifie, quel est l’objectif ? ». L’appropriation du réseau et du parc est aussi symbolique, nous transmettons la philosophie ludique du projet autour de termes comme « jeu » ou « activité », permettant de créer des « connexions », cette formulation volontairement sobre laisse la place à l’interprétation des acteurs, qui font une action similaire, dérouler un fil et l’accrocher quelque part, selon une optique différente. Certains s’y adonnent avec sérieux, d’autres en riant, rapidement, lentement, les variations autour des fils sont potentiellement infinies.
Une variation de sens importante s’interprète à partir d’un fil rouge tendu qui passe d’arbre en arbre et trace une ligne droite juste au bord du parc, suivant les barrières entre parc et maisons. L’un pourrait dire, « en utilisant les éléments existants ce fil crée un lien entre les arbres » ; et l’autre rétorquer, « mais ce fil redouble les barrières, ce n’est pas un fil qui lie, c’est un fil qui sépare ». Et les deux auront raison. Chacun peut projeter le sens que spontanément le réseau en fil lui évoque, et éprouver son ambivalence. Par exemple, ce jeune médecin emménageant dans le quartier s’arrête entre deux allers-retours, et voit les différentes couleurs de fil comme une métaphore de nous humains tous différents et tous les mêmes. Pour lui chaque fil est comme une personne, une trace de son passage. Fil-trace ou fil-vivace, fil qui unit ou fil qui sépare, ne tranchons pas mais laissons la porte ouverte à toutes les fenêtres de sens. Au sens propre, le réseau en fil met le pied dans la porte des voisins du parc.
Rencontres et convivialité entre voisins, habitués et passants
La relation entre voisins et parc se transforme. Un déjeuner se déroule dehors, dans le passage entre la maison et le parc. La table du salon remplit le vide du passage. Autour de la table, des voisins, un couple de quarantenaires, se plaignent de la gestion du parc par la municipalité. Des clochards et des conducteurs de bus stationnés en face faisant leurs besoins, de travestis se changeant quasiment devant leur porte, de sorte qu’un jour excédé monsieur a sorti son arme pour les décourager. Sale, mal fréquenté, dangereux, le parc ne leur plaît pas, ils n’y vont pas. Mais aujourd’hui, leur table est dehors et pleine de spécialités guatémaltèques. Ils se plaignent encore de devoir eux-mêmes payer l’éclairage, prérogative a priori municipale. Leur colère les a poussés à tenter de mettre une grille au parc, mais d’autres voisins se sont manifestés auprès de la municipalité pour préserver le caractère public du parc. Pourtant, lorsqu’un fil a été placé depuis le parc jusqu’à leur porte, ils ont pris soin de le nouer plus solidement. A ce même fil jaune ils accrochent leur parasol jaune qui donne de l’ombre à la table. Les « autres voisins » ci-dessus sont un jeune couple d’architectes dont la maison jouxte celle des précédents où nous avons fait un entretien. De façades semblables, les intérieurs des deux maisons divergent : le délabrement d’un côté et le neuf de l’autre. La discussion, partant du même thème du parc, renvoie les seconds à des raisonnements généraux sur la politique d’urbanisme de la ville et à l’histoire du pays, ainsi qu’en pratique à une mobilisation pour le quartier (lettres à la mairie, réunions entre voisins). Il n’y a donc pas de groupe homogène des « voisins » mais des intérêts convergents s’exprimant différemment selon le «capital culturel » (Bourdieu) des individus. Poursuivant la grille de lecture de Bourdieu et Passeron, il y va aussi d’une opposition entre la culture populaire des premiers (tissus, football, cuisine) et la culture savante des seconds (diplôme, livres, appétence pour l’histoire et l’urbanisme).
Dépassant ces divisions, il y a le conseil de quartier, formé par des « pionniers » de l’optique dans le quartier, qui en est aujourd’hui la spécialité. Notables, ils ont formé ce conseil en 1999 pour mener une campagne de « neighboors watch » en collaboration avec la municipalité. Ce partenariat a fonctionné il y a quatre ans quand le parc était devenu un campement avec des trafics en tout genre. C’est de ce moment que datent les barrières et les plantes à épines. Depuis, la police effectue des rondes à l’entrée du parc mais leur explique ne pas pouvoir empêcher des personnes d’y dormir ou de décuver leur alcool, qui participent à un climat d’insécurité sans enfreindre aucune loi.
Ces personnes ont participé au réseau en fil, donnant lieu à des scènes de rencontre entre personnes socialement fort éloignées. Tel José, jeune laveur de pare-brise alcoolique la main sur l’épaule de Dona Mima la présidente du conseil de quartier, comptable retraitée, écoutant émus la poésie de Carlos de Leon, poète de la rue également journaliste. Le réseau en fil joue ici le rôle d’aimant à partage, à poésie, à discussion existentielle. José, plus tard, a écrit et accroché son poème : « je t’aime xioana » à lire entre deux fils. Un autre alcoolique à la rue, tandis que Carlos de Leon déclamait un autre poème, a écouté attentivement et a ensuite improvisé un poème s’en inspirant. Une dame, à la rue, dansait un matin. Le lendemain, nous l’avons rencontrée et son raisonnement sur les rapports de domination nous a frappé de justesse, nous l’avons filmée et spontanément elle a fini un jour par danser, un jour par chanter, un jour par suspendre des vêtements aux fils comme cadeaux pour des inconnus…

Dans le parc et hors du parc
Ces inconnus sont sans doute des passants occasionnels par le parc. En sept observations d’une durée totale de 12 heures, menées en différents moments de la journée, selon des climats différents et avec des degrés variés de présence et d’activité dans le parc, nous avons compté 190 personnes passant soit par le parc soit le contournant. 70% d’entre elles sont passées par le parc tandis que 30 % l’ont contourné. De plus, parmi ces 30%, 35% ont observé l’installation, ce qui donne finalement 24% d’indifférents complets. Puis, selon la « danse participante » décrite plus haut, 61% des passants par le parc ont dansé avec le réseau en fil.
Elargissant la focale, nous avons accordé une attention particulière à l’extension du réseau en fil à la périphérie du parc : les chauffeurs de taxis relient leur poste d’attente de courses, le vendeur de chucos (hot-dog) accroche un fil à son kiosque, des passants suspendent des fils aux arbres des trottoirs. Il se peut que plus de jours et plus de fils auraient donc conduit à une extension plus large du réseau en fil.
Pour autant nous avons rencontré une limite interne à l’expérimentation, éprouvant le gouffre social qui peut séparer des individus coprésents sous les fils. Une après-midi pluvieuse et grise, nous discutions tristement avec un ancien et un jeune alcoolique, lorsqu’est arrivée une famille nombreuse de l’élite joyeuse et colorée. L’ancien alcoolique est parti. Le jeune est resté. A un premier niveau, de coexistence, c’est une réussite partielle du dispositif du réseau en fil. Cette réussite apparente, nous a troublé autant que réjouit. Nous avons ressenti la distance sociale en s’identifiant aux deux parties. Nous espérons qu’elles ont senti une connexion, un lien, nous-mêmes n’avons pas senti ce second niveau que le dispositif peut créer.
Mais au niveau de la connexion et du lien que peut créer le dispositif, cette scène n’a pas abouti. Eux-mêmes ont quelque peu interagi, la mère a amorcé une discussion avec le jeune alcoolique qui lui a répondu s’adressant aussi à sa fille, le père a alors coupé court à la situation et la famille est repartie dans son 4×4 garé en face.
3/ Restitution
Démontage festif
Le réseau en fil a créé une scène de théâtre conviviale pour tous. « Tous » inclut autant différentes catégories sociales, « notables », « alcooliques », « poète », « clochard »…qu’une pluralité de trajectoires urbaines, « passants », « habitants », « travailleurs autour du parc ». En particulier, les étudiants du conservatoire de musique voisin y sont venus jouer pour la première fois, enchantant le public par des chants d’opéra, du piano, du saxophone… Le dernier jour, nous avons organisé une fête de démontage où des musiciens reviennent, tandis que des voisins et commerçants sortent de leur espace intime qu’ils étendent au parc tel un salon commun. En scène, chaque maîtresse de maison expose fièrement ses plats prêts à consommer et divulgue ses recettes à la caméra. L’opticien d’en face saisit la scène ouverte pour déclamer des poèmes. Le centre historique a apporté des piñatas pour les enfants. Sous leurs coups de bâton, ces poupées traditionnelles suspendues au réseau en fil s’y balancent par ci, par là, puis partent en éclats de cartons, de bonbons et de joie perçant le réseau en fil. Enfin tout le monde participe au démontage du réseau. Entre ceux qui déroulent, qui enroulent ou qui coupent, le violoniste se faufile et sa musique berce les cœurs d’une ardeur multicolore. Excités pour ramener ce qui leur plaît, certains s’appliquent à sauvegarder de longs fils, qu’ils emportent ensuite dans les saladiers colorés des bobines alors à terre.

A l’implication collective des voisins pour faire du démontage un moment festif a suivi l’implication de la municipalité pour donner suite au réseau en fil avec un projet de réhabilitation subtil plutôt que massif.
Le réseau en fil, outil du plan d’urbanisme du parc Santa Catarina
La municipalité s’est saisie de l’événement pour enquêter auprès des personnes présentes sur leur perception du parc, leur sentiment de sécurité, de propreté, récoltant des suggestions de changements…De plus, elle a suspendu des bouts de papiers et des marqueurs aux fils avec l’inscription « je souhaite…….dans le parc Santa Catarina ». Ce sont donc deux modalités d’une consultation locale sur le parc, dans le parc. En sont ressortis surtout des désirs d’activités et de sécurité. Certaines personnes établissent une causalité positive entre le réseau en fil et le monde qu’il amène dans le parc, et leur sentiment de sécurité.
C’est notre interprétation, et la proposition que nous avons appuyée lors d’une réunion de bilan au centre historique. Nous soutenons qu’au lieu de fermer le lieu ou de séparer les bancs comme le suggèrent deux répondants, qu’au lieu d’un remodelage massif du parc, c’est en impulsant des activités y drainant un public nouveau, tels les étudiants du conservatoire, que l’on atteint par la convivialité un sentiment de sécurité. La connexion créée entre le parc et le Conservatoire pourrait se poursuivre par la programmation de cours donnés dans le parc et de concerts. Cela permettrait aux étudiants de jouer en public et à celui-ci de savourer une musique habituellement inaccessible. Le centre historique a finalement abondé dans ce sens et abandonné une réhabilitation totale du parc.
4/ Réflexion et communication
Nous avons eu plusieurs opportunités de communiquer autour du projet et promouvoir cette approche, visibiliser le parc Santa Catarina non seulement avec le réseau en fil mais aussi dans la cité comme un espace public précieux pour une société fragmentée. Le Collectif MASI a été l’invité principal de la conférence « Tissu urbain » de la Fondation Crecer qui promeut l’expression artistique dans l’urbanisme. Puis la première semaine nous avons été invités à participer à l’émission de radio « La hora de crecer » pour présenter notre travail comme un outil d’urbanisme ; la deuxième semaine à la radio nationale « La voz de Guatemala » pour présenter et analyser le réseau en fil au Guatemala ; enfin la radio Universitaire du Guatemala s’est déplacée sur le site du réseau en fil pour un entretien avec le Collectif MASI et une captation du concert donné par le Conservatoire national de musique.
Pour faire vivre le réseau en fil sur les réseaux virtuels, nous y avons partagé au fur et à mesure de nombreuses photos et vidéos attirant un nombre croissant d’abonnés.
La dernière semaine est propice pour le Collectif MASI de rencontrer des acteurs culturels comme le centre culturel municipal ou l’Alliance Française pour évoquer leur implication dans l’exposition prévue au bout des neuf réalisations des réseaux en fil dans les tissus urbains d’Amérique latine.
Conclusion
Le réseau en fil a donc convaincu la municipalité, en révélant le charme du parc et les besoins des riverains, de renoncer à le réhabiliter complètement. En ce sens il est une forme de « programme d’urbanisme » comme l’a identifié un architecte voisin. De plus la ville a souhaité que la sculpture métallique du Collectif MASI « Yo pienso en ti » (« Je pense à toi ») reste au milieu du parc comme souvenir du potentiel de ce parc, des moments de poésie, de musique, de saveurs et du bonheur qu’il peut offrir. Lors d’un instant atome d’éternité, « C’est une folie. Une folie inspirée par l’art, l’art, la poésie, si un jour je vois un poème « réseau en fil », ça le mérite» nous dit un passant au sourire exhibant ses dents d’émail, d’or et d’argent, poète spontané aux vers tout juste accrochés à un fil. Un volontaire étudiant en architecture a qualifié le projet d’« art social » : le réseau en fil est une création artistique collective à l’objectif social. En disant cela il atteint, et l’architecte, la municipalité et le passant souriant l’atteignent aussi, un objectif important : l’appropriation symbolique de ce que nous appelons « réseau en fil » dont la forme et les sens changent au fil de l’espace, des acteurs et du temps.
Imaginons un dialogue hors du temps entre deux poètes qui nous ont accompagné à Paris et à la ville de Guatemala, Arthur Rimbaud et José Batres Montúfar. Nous pressentons qu’un poète du Costa Rica poursuivra ce dialogue…
-J’ai tendu des cordes de clocher à clocher ;
des guirlandes de fenêtre à fenêtre ;
des chaînes d’or d’étoile à étoile, et je danse.
Phrases (Illuminations, 1873-1875), Arthur Rimbaud
-En mi lóbrega y yerta fantasía
brilla tu imagen apacible y pura,
Yo pienso en ti (Poesias 1845) José Batres Montúfar
Un avis sur “Le réseau en fil du Parc Santa Catarina à la ville de Guatemala”