De l’utopie d’un passage en réseau…

Dans son projet de diplôme d’architecte à l’Ecole Paris-Malaquais en 2015, Madlen Anipsitaki, partant des différents usages des passages parisiens, à savoir raccourci, voisinage, flânerie, a transformé leur architecture simple, d’une trajectoire rectiligne, en un réseau de passage entremêlant ces trois trajectoires idéale-typiques.

passage192021

 

Le passage met en réseau 3 différents types de passages

-le passage qui perce l’existant, passage alegro.

-le passage qui contourne l’existant, passage moderato.

-le passage qui glisse dans l’existant, passage lento.

diplome1

Le troisième type est le passage qui nous intéresse le plus ici. Il passe par des endroits en commun déjà existants comme les cours en commun de chaque immeuble, les escaliers, les couloirs.

planchediplome

Le programme qui caractérise le troisième type est situationniste, il cherche à bouleverser les habitudes dans l’espoir de susciter des comportements inédits. Il émerge des situations spontanées créées par les contacts humains. Par exemple, une projection spontanée sur un mur aveugle ou un jardin partagé.

Lorsque le passage traverse des appartements, ce sont des “filtres” qui les séparent du passage et permettent le contact direct ou indirect avec le résident. Par exemple, des bibliothèques à double face, l’une pour la maison et l’autre pour le passage.

La valeur de l’usage public d’un élément privé tient aussi à d’autres éléments, comme l’eau conduisant à un évier de cuisine qui parallèlement rafraîchit, comme une source d’un village grec, les passants du passage.

C’est un point important de notre démarche de scénographie urbaine où le décor du théâtre de la ville participe aux interactions entre les acteurs.

De plus, ce projet est situé sur un îlot dont les côtés sont fermés. Il porte, en reliant ces côtés, une ambition d’ouverture et de brassage social entre des rives aux populations différentes, plutôt bourgeoises d’un côté et populaires de l’autre. Comme le dit J.P. Vernant, « entre les rives du même et de l’autre, l’homme est un pont ». Selon nous le passage, la ville aussi est un « pont » qui relie différents groupes dans une histoire et un espace communs.

Les bidonvilles sont des lieux de vie informels aux marges de la ville habités par des groupes de migrants précaires stigmatisés comme Roms et exclus du marche du logement. Le travail que Simon Riedler y a effectué et son combat contre l’exclusion des Roms l’amène à questionner cette capacité de la ville à relier des groupes sociaux différents. Il porte donc un objectif de développement local en œuvrant par exemple à l’acceptation réciproque et le dialogue entre habitants des bidonvilles et riverains.

Notre parcours collectif est donc à la fois architectural et social, utopique et engagé. Il s’agit pour nous d’interroger et transformer les relations sociales à l’échelle locale. Nous entendons pour cela les matérialiser et les nourrir par un nouveau réseau. Nous comptons l’initier, puis il sera co-construit par les acteurs en fonction des usages qu’ils y trouveront, des situations qui se présenteront.

Ça n’est donc pas une scénographie fixe, comme un décor de théâtre, mais un dispositif qui prend vie au passage des personnes. Celles-ci peuvent la rendre plus visible comme elles peuvent aussi la détruire, la casser. Chaque réaction est respectée, comme partie prenante de la scénographie urbaine.

Laisser un commentaire